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Pétrole de schiste à la baisse: "Ce n'est plus l'eldorado"

Thomas Porcher, ce vendredi chez Jean-Jacques Bourdin.

Thomas Porcher, ce vendredi chez Jean-Jacques Bourdin. - Capture RMC découverte

L'industrie américaine du pétrole de schiste va subir un sérieux coup d'arrêt en 2015, conséquence de la baisse durable des prix du pétrole. Une stratégie de l'Arabie Saoudite qui pourrait avoir des effets négatifs à long terme, a expliqué ce vendredi l'économiste Thomas Porcher, chez Jean-Jacques Bourdin.

Moins de 60 dollars le baril : le pétrole n'avait plus été aussi bon marché depuis la forte chute de 2008 qui avait suivi l'écroulement des bourses. Le prix du pétrole aura chuté de près de 50% en 2014, conséquence d’une demande faible et d’une offre surabondante notamment en raison de l'essor du pétrole de schiste aux États-Unis et au refus de l'Opep de réduire sa production.

"Tous les verrous ont sauté, a constaté Thomas Porcher, professeur à l’École supérieur de Gestion, ce vendredi sur RMC. Et le dernier verrou qui a sauté et qui est très fort, c'est l'Arabie Saoudite qui, à travers l'Opep, n'est pas intervenue sur les marchés. C'est inédit car ces 15 dernières années elle est toujours intervenue sur les marchés quand le prix baissait".

"La production de pétrole de schiste va baisser drastiquement aux États-Unis"

"Il y a des raisons stratégiques à cela. L'Arabie Saoudite sait qu'en faisant baisser les prix elle sabre complètement la production de pétrole de schiste aux États-Unis", a-t-il expliqué chez Jean-Jacques Bourdin. "L'Opep a décidé de mener une guerre des prix, et s'ils se serrent la ceinture comme ça et que ça dure un an, ils vont sabrer tellement d'investissements que la production de pétrole et majoritairement de pétrole de schiste va baisser drastiquement aux États-Unis".

L'activité de forage aux États-Unis en général pourrait en effet être réduite au total de 40 à 50% sur 2015. Un sérieux coup de frein alors que le pétrole de schiste a contribué à porter la croissance américaine ces derniers mois.

D'ailleurs, pour Thomas Porcher, le pétrole de schiste, "ce n'est plus l'eldorado. Il va y avoir de la casse pour l'industrie américaine du schiste". "C'était rentable quand le prix du baril était à 100 dollars. Il faut que le baril soit à 70 dollars pour que ce soit rentable", a poursuivi l'économiste. "La France a bien fait de refuser le forage. Elle n'aurait eu aucun bénéfice", s'est réjoui Thomas Porcher.

"Un crash au bout"

Pour Thomas Porcher, si ce pétrole bon marché est une aubaine pour l'automobiliste qui dépense moins pour remplir son réservoir, cette situation pourrait avoir des effets négatifs à long terme. "Le consommateur en profite, mais il faut faire attention, quand il y a de trop gros mouvement des prix du pétrole, ça indique souvent qu'il y a un crash au bout", a-t-il prévenu. "Cela va faire de tels déséquilibres dans l'économie mondiale qu'il pourrait y avoir un effet domino: la Russie, le Venezuela vont aller mal, l'Arabie Saoudite va aller moins bien, l'économie américaine tirée en grande partie par l'industrie du schiste va souffrir, les bourses vont s'effondrer… Je ne suis pas sûr qu'il y ait que des effets positifs", a-t-il conclu.


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Philippe Gril avec Jean-Jacques Bourdin