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Philippe Courroye, le pire du sarkozisme

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h20 sur RMC.

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La Cour de cassation a jugé hier que l’enquête ordonnée par le procureur de Nanterre, Philippe Courroye, pour identifier les sources du « Monde » dans l’affaire Bettencourt a violé la loi sur le secret des sources. La procédure est annulée et le procureur pourrait être mis en examen. Mon parti pris : Courroye, c'est le pire du sarkozisme.

Le moins qu’on puisse dire est que c’est un symbole fâcheux. Que le chef du ministère public – chargé de défendre l’intérêt général – dans le 2ème tribunal de France, viole délibérément la loi, c’est non seulement déplacé mais c’est grave ; au sens propre, c’est insupportable. Alors évidemment, quand on sait que M. Courroye est un magistrat que le président de la République a promu, décoré, présenté comme son « ami », c’est assez tentant de faire le raccourci et de déduire que ce que N. Sarkozy a surtout récompensé un ami du pouvoir, un serviteur très zélé. Eh bien il faut lui rendre justice (si j’ose dire) : ce n’est pas tout à fait faux, mais en réalité, c’est pire.

Une certaine brutalité du pouvoir

Des magistrats aux ordres, il y en a toujours eu. J. Chirac avait placé un de ses conseillers à la tête du parquet de Paris, F. Mitterrand annotait à la main les propositions de nominations de juges. Ce sont des hauts fonctionnaires, ils ne sont ni plus ni moins carriéristes que les inspecteurs des finances. Là où Ph. Courroye sort de l’ordinaire, c’est qu’il incarne une certaine brutalité du pouvoir et une forme d’absolutisme personnel – des travers qui correspondent assez à l’exercice sarkoziste du pouvoir. En plus, c’est un homme qui ne supporte pas la contradiction – ce qui est un problème, puisque la justice est censée fonctionner sur le principe du contradictoire. Au total, ce n’est pas un juge aux ordres, mais un juge qui prétend faire régner l’ordre – en tout cas le sien.

L’Elysée voulait-il donc savoir d’où venaient les fuites ?

Pas forcément. Quand « Le Monde » a mis en cause Eric Woerth, c’est la DCRI, le contre-espionnage, qui a examiné les factures pour trouver la source. C‘était signé. Ph. Courroye, lui, est intervenu quand le journal a annoncé qu’une perquisition était en cours chez Liliane Bettencourt. Il a voulu prouver que l’information venait forcément de la juge Isabelle Prévost-Desprez, parce que c’est une ennemie personnelle – et parce c’était en effet un peu gros : un des auteurs de l’article venait de publier un livre avec cette juge… L’Elysée n’avait pas forcément besoin de cette information-là. Mais on a affaire à un magistrat qui, à force de se croire au-dessus des lois, a fini par se mettre hors la loi.

Le PS propose de réformer le statut du parquet pour rendre les procureurs indépendants. Est-ce que c’est une bonne solution ?

Non. C’est la quintessence de la pensée unique en matière judiciaire et, à mon avis, une sottise absolue. En France, les procureurs ont l’«opportunité des poursuites », c’est-à-dire le pouvoir d’ouvrir ou non des enquêtes. Donc, si le procureur devient totalement indépendant, on fait de lui une sorte de seigneur rendant la justice comme bon lui semble, au risque de l’arbitraire. Ça ne veut pas dire que tous les procureurs deviendront des Courroye ; mais avec un statut comme celui-là, M. Courroye, lui, serait encore plus puissant, donc plus dangereux. Tous ceux qui veulent vraiment améliorer la justice, la rendre plus démocratique, feraient bien d’y réfléchir à deux fois.

Hervé Gattegno