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Philippe Martinez, marin français: "J'ai sauvé plus de 1.800 migrants en Méditerranée"

Philippe Martinez a sauvé plus de 1 800 personnes (illustration)

Philippe Martinez a sauvé plus de 1 800 personnes (illustration) - MARINA MILITARE ITALIANA / AFP

L'été dernier, Philippe Martinez, capitaine d'un remorqueur de haute mer chargé de ravitailler des plateformes pétrolières, s'est arrêté à deux reprises au cours de missions en Méditerranée, pour sauver la vie à plus de 1 800 personnes qui tentaient de rejoindre l'Europe à bord d'embarcations de fortune.

Le naufrage d'un chalutier chargé de migrants au large de la Libye ce week-end fait redouter la "pire tragédie" de ce type en Méditerranée, avec au moins 700 disparus présumés, et accentue encore la pression sur l'Europe, qui envisage de convoquer un sommet extraordinaire. Car depuis plusieurs semaines déjà, les arrivées de bateaux remplis de migrants se multiplient près des côtes italiennes. La raison? La mer plus calme en cette période de l'année. Ainsi, le week-end dernier, plus de 400 migrants seraient morts au large de Reggio di Calabria à la pointe Sud de la botte italienne.

Pour évoquer ce difficile sujet, RMC a recueilli ce lundi le témoignage de Philippe Martinez. En août dernier, ce marin français, capitaine d'un remorqueur de haute mer chargé de ravitailler des plateformes pétrolière, était en mission au large de la Libye, sur la route vers Lampedusa, lorsqu'il a croisé au total huit bateaux de migrants. De vieux bateaux de pêches surchargés qu'il a secourus avec son équipage. Au total, il a sauvé plus de 1.800 personnes. Des sauvetages difficiles car "quand ils nous voyaient, ils venaient tous de notre côté. Or avec le mouvement de foule cela faisait énormément pencher le bateau", raconte-t-il dans Bourdin Direct.

"C'était complètement hallucinant"

"En fait, il faut se tenir à distance et leur parler avant. Leur donner des indications, leur dire de ne pas bouger parce qu'ils ont tellement peur, ils sont tellement effrayés que quand ils voient quelqu'un venir à leur secours, ils se jettent dessus", poursuit-il. Et Philippe Martinez de faire part des conditions dans lesquelles naviguaient ces migrants: "Dans l’une des embarcations, une sorte de petit chalutier en bois de 12-13 mètres, il y avait 684 personnes et 3 morts. C'était complètement hallucinant. Il y avait des migrants jusque dans les mâts, dans la cale, la salle des machines… Partout où il y avait un centimètre carré de disponible, il y avait quelqu'un".

Sur RMC, il explique aussi que "ces embarcations n’avaient ni fusée, ni radar, ni radio, ni gilet de sauvetage… Rien de rien". Dans les huit sauvetages qu'il a effectués, ce capitaine assure qu'il a même "récupéré des personnes sur des boudins gonflables". Et de garantir: "Certains migrants m'ont confié avoir payé 1.000 à 3.000 dollars par personne pour leur passage vers Lampedusa". Ce qui lui fait dire, fataliste: "C'est un marché lucratif".