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Plus de 600 postes supprimés chez Servier: "On se sent trahis"

Environ 200 salariés des laboratoires Servier ont manifesté ce mardi devant le siège du groupe pharmaceutique à Suresnes pour dénoncer le plan de licenciements.

Environ 200 salariés des laboratoires Servier ont manifesté ce mardi devant le siège du groupe pharmaceutique à Suresnes pour dénoncer le plan de licenciements. - Thomas Samson - AFP

Environ 200 salariés des laboratoires Servier ont manifesté ce mardi devant le siège du groupe pharmaceutique à Suresnes pour dénoncer le plan qui prévoit le licenciement de la quasi-totalité des 690 postes du secteur marketing médical de l'entreprise. Une décision annoncée par mail aux salariés qui ne comprennent pas cette décision, alors que le groupe a annoncé un bénéfice net de 352 millions d'euros.

Un sentiment de "trahison", une décision "brutale", des efforts et un investissement "balayés d'un revers de main"… Environ 200 salariés de Servier manifestaient ce mardi devant le siège du groupe pharmaceutique à Suresnes, près de Paris, pour dénoncer le plan de licenciement annoncé le 26 novembre par l'entreprise. Ce plan prévoit la suppression de 610 postes nets du secteur marketing médical sur 690, soit 90% des postes !

Noëlle, visiteuse médicale rencontrée par RMC, résume en un mot le sentiment des salariés licenciés : "Trahis". Un mot écrit au dos de son badge d'accès aux laboratoires Servier et arboré par les manifestants. "Je me sens trahie parce que ça fait 24 ans que je travaille pour le laboratoire. On nous a toujours laissé croire que tout allait bien, qu'il fallait leur fait confiance, qu'ils allaient prendre soin de nous. Et puis finalement nous avons appris brutalement un soir, par mail, que nous allions tous être licenciés". Noëlle fait référence aux promesses de la direction, il y a 18 mois, lors de la présentation d'un plan baptisé Renaissance, alors qu'apparaissaient les premières difficultés. Des salariés ont d'ailleurs accepté à cette occasion de déménager avec leur famille pour rester au sein de l'entreprise. D'où le sentiment de "trahison" exprimé par les salariés.

"On a appris notre licenciement... par mail"

Des salariés aujourd'hui dans la détresse, à l'image de Nathalie Pires, visiteuse médicale à Strasbourg, qui est venue manifester à Paris ce mardi. "C'est la catastrophe, j'ai 45 ans, je suis veuve, j'ai un petit garçon, je me retrouve aujourd'hui toute seule et je ne sais pas ce que je vais devenir, se désole-t-elle sur RMC. Ça fait 17 ans que je suis dans cette entreprise, j'ai tout donné pour ce laboratoire et aujourd'hui on balaie tout d'un revers de la main. Ça va être quoi notre avenir, pourquoi faire table rase comme ça d'un coup de plus 600 personnes ?". "C'est un one-shot, on met tout le monde dehors. C'est monstrueux", dénonce de son côté Marie Pierre-Juyoux, déléguée CFDT.

Vincent Paternoster, délégué Unsa chez Servier en veut à la direction de ne pas avoir anticipé la disparition progressive du métier de visiteur médical.

"La plupart de ces gens n'ont fait que de la visite médicale et n'ont aucune autre formation. Ça veut dire que pour eux demain c'est terminé. Ce métier est terminé !"

"Mes enfants m'ont dit : 'non pas toi, papa' !"

Ça fait 23 ans que Vincent Paternoster travaille pour les laboratoires Servier. Son poste de directeur régional des visiteurs médicaux en Aquitaine est également concerné par ce plan social. Lui aussi, comme tous les autres, n'a qu'un mot à la bouche : "trahison". "Lorsque je suis rentré chez moi, j'ai été surpris d'entendre mes enfants me dire : 'non pas toi, papa' !, raconte-t-il. Quand vous avez travaillé et que vous vous êtes impliqué, y compris tous les week-ends, que vous montrez l'exemple à vos enfants, et que derrière vous êtes (licenciés) parce que quelqu'un a décidé que c'était sûrement une opération intéressante financièrement de licencier 600 personnes…"

"Quand toute l'implication, tout ce que vous avez fait, les résultats et les performances que vous avez eues et dont vous avez été fier, votre fidélité à l'entreprise, quand tout ça est balayé comme ça du jour au lendemain d'un revers de main, c'est très difficile. C'est difficile pour moi et mes enfants".

352 millions d'euros de bénéfice net

De son côté, l'entreprise affirme dans un communiqué mardi "comprendre parfaitement l'émotion et les questionnements". Mais elle explique que son plan est "motivé par l'urgence de la situation dans laquelle se trouve la filiale Servier France, pénalisée par des pressions concurrentielles, réglementaires et économiques de plus en plus fortes". L'entreprise promet "une solution adaptée pour chaque salarié concerné". Le groupe a présenté vendredi dernier un bénéfice net de 352 millions d'euros, contre 77 millions d'euros sur l'exercice précédent. Alors que le projet doit être négocié jusqu'en avril, les syndicats attendent maintenant des mesures d'accompagnement et des indemnités "à la hauteur d'un plan social aussi massif".

P. Gril avec A. Boyer et AFP