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A Nice, des musulmans veulent apaiser les tensions: "On a le même ennemi, il faut garder courage"

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Sur la promenade des Anglais, des musulmans venus se recueillir ont parfois été violemment pris à partie. Face à cette montée de la violence, une association musulmane multiplie les rencontres avec la population niçoise et se relaie pour distribuer des tracts dans la rue.

Dans la ville de Nice, le deuil se mêle à la colère. Une colère dirigée contre les autorités mais également contre la communauté musulmane. Près d'une semaine après l'attentat qui a fait 84 morts, de vifs moments de tension ont parfois secoué la promenade des Anglais.

Sur les réseaux sociaux, des vidéos ont notamment montré des altercations dans lesquelles des musulmans ou des passants d'origine maghrébine étaient pris à partie. Dans celles-ci, les langues se délient et certains n'hésitent pas à se revendiquer ouvertement islamophobe.

"Cher ami, je suis votre voisin musulman"

Confronté à cette violence verbale, une association musulmane du quartier populaire "Bon voyage" a décidé de prendre les choses en main depuis trois jours. Dans la rue à la rencontre des Niçois, ils militent pour la fraternité. Sur un tract qu'ils distribuent on peut y lire en tête, "cher ami, je suis votre voisin musulman". Petit tas de feuilles à la main, Brahim Khaldi les distribue à quelques mètres de la promenade des Anglais.

"Je vous laisse le lire, dit-il en tendant son tract à un passant. C'est juste pour expliquer qu'on a le même ennemi, vous, nous, tout le monde. Il faut qu'on garde le courage."

"Ne pas baisser les bras"

Comme Brahim Khaldi, ils sont sont une quinzaine de personnes à se relayer. Une action parfois saluée par les passants:

"On est dans un monde où il faut beaucoup de courage aujourd'hui, on ne va pas baisser les bras. Et ce monsieur, il a la force de faire ce qu'il fait, c'est très courageux, continuez comme ça", le félicite ce Niçois.

Brahim Khaldi garde espoir, mais certains échanges ont été très durs ces derniers jours. Alors que l'attentat a été revendiqué par le groupe Etat islamique, la ville le sent, la tension monte contre la communauté musulmane. "Il y a de quoi non? Mettez-vous à la place des gens", estime une passante. 

"Il y a du rejet, constate Brahim Khaldi. Il y a des gens qui sont révoltés qui nous disent: il faut fermer les frontières, rentrez chez vous…"

Pourtant, la communauté musulmane a aussi été durement touchée par l'attentat. Sur les 84 victimes, une trentaine d'entre elles étaient musulmanes selon le Conseil régional du culte musulman. D'autres opérations de tractage sont prévues par l'association niçoise, le temps que la quinzaine de bénévoles reprenne des forces pour pouvoir apaiser au mieux les tensions.

Carole Blanchard avec Céline Martelet