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Addiction, violence, machisme... les préjugés sur les jeux vidéo sont-ils justes?

Gamers lors de l'Electronic Entertainment Expo E3, organisée à Los Angeles en juin 2017

Gamers lors de l'Electronic Entertainment Expo E3, organisée à Los Angeles en juin 2017 - Christian Petersen / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Depuis mercredi et jusqu'à dimanche, Paris accueille le plus grand salon français du jeu vidéo: la Paris Games Week, où plus de 300.000 visiteurs sont attendus. L'occasion de revenir sur les idées reçues qui pèsent sur le milieu du gaming avec Aymeric Pierre, qui a fait de sa passion son métier.

Avec ses 1,4 million d'abonnés sur YouTube, Aymeric Pierre est devenu en quelques années une référence dans le milieu du jeu vidéo français. Ce joueur passionné, ancien ingénieur en informatique possède, depuis 2013, sa propre chaîne en ligne sur laquelle il publie tutoriels, explications techniques et programmes de divertissement. Pour RMC.fr, il a accepté de décrypter les grands préjugés qui entourent le monde du jeu vidéo.

> Le jeu vidéo, au même titre que les drogues, peut devenir addictif

Pas complètement faux: "Cela dépend du temps que l'on passe à jouer"

"C'est difficile de fixer la limite. Cela dépend du temps que l'on passe à jouer. Je fais souvent le parallèle avec les personnes qui sont accros à leur téléphone et aux réseaux sociaux. Cela devient problématique si cette activité prend le pas sur le monde réel, si elle surpasse les activités réelles et traditionnelles comme les repas ou le sommeil, si elle conduit à l'isolement".

> Le jeu vidéo peut être responsable de l'échec scolaire

Pas complètement vrai: "Le jeu vidéo peut aussi être un excellent support d'éducation"

"Le jeu vidéo peut avoir un impact sur la scolarité d'un enfant mais là aussi, cela dépend du temps que le jeune passe devant son écran. Tout est une question de canalisation des enfants et de limites que les parents doivent poser. Mais je crois que le jeu vidéo peut aussi être un excellent support d'éducation. On sait que de nombreux enfants sont beaucoup plus concentrés devant un jeu car ils l'associent à du divertissement, et non à un devoir. En créant des jeux adaptés, on peut réellement participer à leur éducation. Cela a été testé dans plusieurs écoles et le jeu peut permettre à des jeunes en échec scolaire d'apprendre autrement et de rattraper leur retard". 

> Le jeu vidéo est un univers macho

Un peu vrai: "Un univers plutôt masculin"

"Le jeu vidéo est de fait un univers plutôt masculin, même si les filles sont de plus en plus nombreuses à s'y mettre, notamment avec les jeux plus sociaux, collectifs. En ce qui concerne les jeux de compétition, et ce sont ceux qui marchent le mieux, il peut en effet y avoir un peu de machisme, notamment chez les jeunes. Mais cela a tendance à s'estomper avec l'âge".

> Le jeu vidéo peut être une incitation à la violence

Faux: "Dans ce cas-là, tous les films d’action rendent violents".

"On ne peut pas dire que les jeux vidéo rendent violents. Dans ce cas-là, tous les films d’action rendent violents. On aura toujours des cas isolés de personnes qui sont accros et dont l’addiction les rend agressives, notamment quand elles s’isolent et s’enferment là-dedans. Il faut faire particulièrement attention avec les adolescents, ne pas les laisser jouer pendant des heures, enfermés dans leur chambre. Une fois de plus, tout est une question de limites". 

> Le jeu vidéo est un frein pour sa vie sociale

Faux: "On est connecté donc il y a bien une dimension sociale"

"Les choses ont évolué. Aujourd'hui, la quasi-totalité des gamers jouent en réseau. On est connecté donc il y a bien une dimension sociale. Elle est semi-virtuelle car on joue avec des vrais gens, mais il n'y a en effet pas de contact physique. Je crois que cela reflète une évolution plus générale de la société. On se rencontre moins en vrai mais on échange beaucoup plus grâce à la technologie. Je reconnais que le jeu vidéo peut comporter un risque d'isolement qu'il faut savoir détecter. Mais la majorité des joueurs parviennent à faire la part des choses, et à avoir une vraie vie sociale à côté".

Propos recueillis par Mélanie Rostagnat