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Attaque à Charlie Hebdo: "Ils ont tiré pour tuer, à chaque fois"

Martin Boudot est un témoin de la fusillade à Charlie Hebdo

Martin Boudot est un témoin de la fusillade à Charlie Hebdo - Visual

Deux hommes cagoulés, lourdement armés, ont pénétré dans les locaux de Charlie Hebdo, mercredi 7 janvier en fin de matinée. Au moins douze personnes ont été tuées au cours de la fusillade et onze autres ont été blessés, dont quatre grièvement. Invité de Jean-Jacques Bourdin ce jeudi sur RMC, Martin Boudot, journaliste et réalisateur à l'agence “Premières Lignes”, située dans le même immeuble que Charlie Hebdo, raconte ce qu'il a vu.

C'est l'attaque la plus meurtrière commise en France depuis les vagues d'attentats islamistes à Paris en 1986. Ce mercredi, 12 personnes, dont 2 policiers, ont été tuées et 11 autres blessées (dont 4 graves) en fin de matinée à Paris dans une fusillade au siège de l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo, dans le 11ème arrondissement de Paris.

"Charlie Hebdo se trouve juste à côté de nos locaux, à peine à quatre mètres, la porte en face. Quand un de nos collègues est descendu fumer une cigarette, il a aperçu deux hommes, cagoulés, avec des Kalachnikovs à la main. Il est remonté en courant et en criant : "Kalach, Kalach, Kalach !!!" Nous avons donc fermé la porte et sommes restés calfeutrés dans nos bureaux", raconte avec émotion sur RMC Martin Boudot, journaliste et réalisateur à l'agence "Premières Lignes".

"C'est quand on a entendu les premières rafales qu'on a compris"

Dans Bourdin Direct, il poursuit, la gorge nouée : "On ne savait pas ce qu'il se passait. On ne savait pas si c'était la police, si c'était une blague… On ne comprenait rien… On n'imagine pas une seconde qu'il puisse se passer cela. C'est quand on a entendu les premières rafales qu'on a compris. D'autant plus qu'au son, on comprenait que c'étaient des rafales faites pour tuer. Deux-trois coups à chaque fois…"

C'est à ce moment-là, qu'il se réfugie sur le toit de l’immeuble et filme les images de l’attaque de policiers et de la fuite des suspects; images qui ont fait le tour du monde. Une fois la fusillade terminée, Martin Boudot et ses collègues retournent à l'intérieur de l'immeuble. "On arrive parmi les premiers avec les médecins. Ils avaient besoin de monde au-début car ils n'étaient pas assez nombreux pour s'occuper des blessés", rapporte-t-il sur RMC.

"Dès qu'on soulevait une table il y avait un nouveau corps"

Et là, à l'intérieur des locaux de Charlie Hebdo, "c'est le silence total. Il y avait, à droite, des survivants complètement pétrifiés, et à gauche, une salle où dès qu'on soulevait une table il y avait un nouveau corps… Ce n'était pas évident", poursuit-il, fortement marqué par tout ce qu'il a enduré. Mais en tant que journaliste il arrive à analyser quelque peu la situation qu'il a vécue.

"C'était très étrange car c'était un mélange entre professionnalisme hors pair, militaire, d'exécution. C'est-à-dire qu'ils ont tiré pour tuer, à chaque fois… On voit dans leur posture qu'ils savent faire… Mais en même temps, un certain amateurisme dans le sens où ils sont arrivés sans savoir où étaient Charlie Hebdo. Ils ont demandé à l'accueil et ont sonné à plusieurs portes avant de trouver, par chance, une collaboratrice du journal qu'ils ont obligé à faire le code pour entrer dans les locaux. Sans cela, ils seraient en train de errer dans les couloirs…"

Maxime Ricard avec Jean-Jacques Bourdin