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Attentats: à qui l’État islamique vend-il son pétrole?

Invité ce mercredi chez Jean-Jacques Bourdin, Francis Perrin, directeur de la rédaction de la revue Pétrole et gaz arabes, explique comment et auprès de qui Daesh écoule son pétrole dont il tire près d'un million de dollars par jour.

On sait que c'est une des principales sources de revenus de Daesh. Le pétrole que l'autoproclamé Etat islamique (EI) extrait en Irak et en Syrie lui rapporte "environ un million de dollars par jour", selon Francis Perrin, directeur de la rédaction de la revue Pétrole et gaz arabes, invité ce mercredi de Jean-Jacques Bourdin sur RMC. Une somme astronomique qui lui permet de mener sa guerre et de faire vivre son proto-État. Et encore, explique Francis Perrin, "c'est nettement mois qu'il y a un an, en raison notamment de la chute des prix du pétrole".

A la conjoncture internationale s'ajoute le travail de sape de la coalition internationale contre l'EI. "Les frappes occidentales qui ont visé des objectifs pétroliers (oléoducs, camions citernes, raffineries artisanales, pompes…) sont efficaces", note Francis Perrin. "De plus en Syrie, la production de certains champs de pétrole vieillissants baisse". Malgré ces désagréments, l’EI arriverait à produire et raffiner entre 20.000 et 50.000 barils par jour, selon les sources.

"Irak, Syrie, Jordanie et Turquie sont les (clients) de Daesh"

Mais puisqu'il n'y a pas de vente sans client, la question se pose : qui achète ce pétrole "sale" à l'État islamique ? Lundi, le président russe Vladimir Poutine a accusé la Turquie, qui a abattu un de ses avions bombardiers la semaine dernière, de couvrir et de profiter du trafic de pétrole auquel se livre l'EI. Il y a plusieurs débouchés, explique Francis Perrin. "Daesh vend d'abord une partie de son pétrole auprès des populations vivant dans les zones qu'il contrôle en Syrie et en Irak. Le reste va en Syrie et en Irak, en dehors des zones contrôlés par l'EI, acheté y compris par des groupes armés hostiles à Daesh, et même l'État Syrien. Il y a également la Jordanie et la Turquie. Irak, Syrie, Jordanie et Turquie sont les marchés du pétrole de Daesh".

Ne pas reproduire la même erreur en Libye

Un commerce aisé dans cette région "très poreuse", avec "des zones désertiques, des frontières qui ne sont pas contrôlées tous les cinq mètres". Sans compter la corruption et les réseaux de trafic et de contrebande qui existent depuis longtemps. "Il y a eu embargo contre le pétrole irakien de Saddam Hussein entre 1990 et 2003 et les embargos, ça donne des idées à ceux qui ont des dollars à la place des yeux", rappelle Francis Perrin.

Le directeur de la rédaction de la revue Pétrole et gaz arabes appelle d'ailleurs les occidentaux à ne pas commettre la même erreur une deuxième fois, alors que Daesh s'empare progressivement de la Libye et de ses puits de pétrole, toutefois moins productifs que ceux du Moyen-Orient.

Philippe Gril avec JJ. Bourdin