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Attentats: "On a eu une vie avant le 13 novembre et on en a une autre depuis", estime la fille d'une victime

Manuel Dias est l'unique victime des explosions autour du Stade de France

Manuel Dias est l'unique victime des explosions autour du Stade de France - AFP

TEMOIGNAGES - Manuel Dias avait 63 ans. Vendredi 13 novembre, ce chauffeur de car avait fait la route depuis Reims pour conduire un groupe de supporters au Stade de France afin d'assister au match France-Allemagne. Il était sorti de l'enceinte du stade pour boire un café quand un kamikaze s'est fait exploser à côté de lui.

A 63 ans, Manuel Dias était habité par une passion : le football. Une passion qu'il partageait avec son fils Michaël: "Je l'appelais toutes les semaines juste pour qu'il me fasse le point sur le mercato, les matches qu'il avait suivi, les petites phrases de Mourinho… C'était un peu notre moment à tous les deux." Fan de foot donc et chauffeur de car dans la vie de tous les jours, Manuel avait la route depuis Reims, ce vendredi 13 novembre, pour conduire un groupe de supporters au Stade de France afin d'assister au match France-Allemagne.

"C'était son destin"

Sorti de l'enceinte pour boire un café, il croise la route d'un kamikaze qui se fait exploser à côté de lui. Ce soir-là, il est l'unique victime des explosions autour du stade. Supporteur de Reims, sa ville d'adoption, et du Sporting club Portugal, son pays natal, Manuel allait au stade dès qu'il en avait l'occasion. "On essaye de se dire que s'était finalement son destin, témoigne son fils. On préfère penser que c'est un signe plutôt qu'un manque de chance".

Même si Manuel n'avait pas la nationalité française, ce ressortissant portugais aimait son pays d'accueil. Alors, son fils Michaël tient à participer ce vendredi matin à l'hommage national. "C'est important parce qu'il était très fier de vivre en France, explique-t-il. C'est un symbole, une marque de respect de la part de la France. Cela risque d'être un beau moment de recueillement. On va respecter les victimes…"

"Je suis traumatisée"

En revanche, Sofia, la fille de Manuel, n'aura pas la force de participer à cet hommage national. "Je suis traumatisée, justifie-t-elle. J'ai peur de tout. C'est horrible… Je ne le souhaite à personne". Et d'ajouter: "On a eu une vie avant le 13 novembre et on en a une autre depuis. Je suis Parisienne, je travaille dans Paris et à chaque fois je me dis: 'Il faut que je reparte travailler dans cette ville qui m'a volée mon papa'. Mon papa qui, malgré mes 33 ans, s'occupe de moi, m'appelle trois fois par jour pour savoir si ça va."

Et émue de se souvenir de "son papa qui, le jour du bac, m'a amené aux épreuves le matin et est resté toute la matinée, quatre heures dans la voiture. C'était ça mon papa. C'était LE Papa, avec un p majuscule". "Encore aujourd'hui je pense que ma douleur n'est pas la vraie douleur et que le pire reste à venir. C'est ce qui m'inquiète le plus…"

Maxime Ricard avec Marion Dubreuil