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Au cœur de la formation des premiers réservistes de la police nationale

Ils sont près de 700 à avoir vécu ces derniers jours les premières formations pour intégrer la réserve opérationnelle de la police nationale. Pendant dix jours, ces "policiers volontaires" ont été formes aux différents métiers de la police et au maniement du tir. RMC a pu assister à l'une de ces formations, de l'intérieur.

Il est encore tôt, ce jeudi matin, dans la caserne de CRS de Lambersart, à quatre kilomètres de l'hypercentre de Lille. 50 personnes se tiennent debout, alignées face au drapeau bleu-blanc-rouge, pour le traditionnel salut aux couleurs. Ce ne sont pas des policiers. Pas encore. Ce sont des stagiaires, premiers formés pour la réserve opérationnelle de la police nationale.

Car comme pour la gendarmerie et les pompiers, la police nationale a désormais des réservistes. Jeudi, c'était l'avant-dernier jour de formation pour ces stagiaires. Sur 33 sites partout en France, ce sont au total, 700 citoyens volontaires qui ont appris à devenir policiers réservistes. Pendant dix jours, de 18 à 67 ans, ils sont formés pour venir travailler jusqu'à 90 jours par an aux côtés des policiers. A Lambersart, les profils sont divers: 11 femmes, 39 hommes. Des étudiants, des cadres, des ouvriers, des pompiers et gendarmes réservistes, d’anciens policiers à la retraite.

Formés au tir...

Le tir, c’est 50% de leur formation. Pour beaucoup d'entre eux, manier une arme c’est une première. Au total, ils vont tirer 200 cartouches pendant la totalité de leur formation, soit deux fois plus qu’un policier professionnel lors de son entraînement annuel, qui n'en tire que 90. Quand Kadija ressort de la salle de tirs avec sa cible transpercée par plusieurs balles. Elle semble satisfaite: "13 impacts pour 14 tirs. Ça s'est plutôt bien passé."

Une fois sur le terrain, les réservistes seront tous armés. Ce qui donne lieu à quelques appréhensions pour Sébastien, 45 ans, et Robin, 18 ans:

"Au début on a beaucoup d'inquiétude. On transpire beaucoup sous le gilet pare-balles. On doit être hyper concentrés" explique le premier. "C'est assez intense. Au début c'était compliqué. Ça surprend de tirer avec une vraie arme à feu. Mais au fur et à mesure, on s'y fait et on a des meilleurs scores sur les cibles à force", note le plus jeune.

...et à l'accueil des victimes

Les stagiaires ont aussi une formation théorique et pratique. Apprendre à accueillir une victime dans un commissariat, par exemple, c’est l’exercice de la matinée. Un stagiaire doit faire semblant d’être face à un père qui est sans nouvelle de sa fille. La classe débat ensuite de la mise en pratique pour améliorer la prise en charge des victimes.

Dès septembre, ils viendront donc en appui des policiers. "Ils feront toutes les missions d'un policier de terrain: police secours, intervention sur des agressions, de vols, des cambriolages. Ils feront le même métier que les policiers professionnels" détaille le commandant Rodolphe Theissen. Tous les réservistes disent avoir une volonté commune: venir en aide à leurs concitoyens. Malgré une certaine appréhension du terrain:

"On va se trouver dans des situations qui peuven être compliquées. Mais tout au long de la formation c'est très rassurant. On a une formation de grande qualité et qui aborde beaucoup de thèmes et beaucoup plus que ce que je pensais", souligne Sébastien.

Une formation qui ne fait pas l'unanimité

Deux semaines pour former des citoyens qui seront ensuite armés sur le terrain, ça ne fait pas l’unanimité. Ces citoyens vont se retrouver rapidement sur le terrain, armés, à gérer des situations stressantes, parfois même violentes. Pour certains comme Sébastien Watiotienne, policier et délégué national du syndicat SGP POLICE en charge de la réserve opérationnelle, la durée de leur apprentissage semble un peu courte. " "On ne doute pas de la qualité de la formation donnée par nos collègues formateurs, mais on peut s'interroger sur la capacité à analyser. Ça peut être un peu tendu" explique le policier, avant d'aller plus loin:

"La première fois qu'ils auront à faire avec un délit de fuite, un refus d'obtempérer ou une agression sexuelle, c'est particulier et personne ne réagit de la même façon. Ils va falloir du temps pour apprendre à maîtriser ce stress, cette tension, cette appréhension."

Il faut quand même préciser que ces réservistes ne seront jamais seuls sur le terrain. Ils seront appelés en renfort aux côtés de policiers professionnels, sur des missions du quotidien. Accompagnés par un pyschologue pendant leur formation, il est mis l'accent sur l’importance de la communication et de l’empathie. Ils ne feront en revanche pas de maintien de l’ordre, comme les manifestations par exemple. D’autres formations sont prévues, la prochaine aura lieu au mois d’octobre, pour 700 réservistes supplémentaires. A la fin de l’année, ils seront donc 1.400 sur tout le territoire. D’ici 2030, la police nationale espère recruter 30.000 "policiers volontaires" sur toute la France

Ambre Lepoivre (avec MM)