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"Aucun humain n’est un monstre mais il peut accomplir des monstruosités", explique l'avocat de Nordhal Lelandais

Avocat au barreau de Lyon, ancien défenseur de Klaus Barbie et désormais de Nordhal Lelandais, Alain Jakubowicz confesse voir "la part d'humanité" en chaque criminel défendu.

Une question d'habitude. Insulté et même menacé depuis qu'il défend Nordahl Lelandais, le meurtrier présumé de la petite Maëlys et du caporal Arthur Noyer, l'avocat Alain Jakubowicz ne s'en émeut pas: "Malheureusement c'est notre lot quotidien", explique-t-il ce vendredi matin sur RMC.

L'auteur de 'Soit je gagne soit j'apprends', son nouveau livre dans lequel il raconte sa version du début de l'affaire Lelandais, rappelle même que les avocats de criminels ont toujours été pris pour cible, même avant les réseaux sociaux.

"J'ai un attachement viscéral à la robe que je porte, à ma vocation, et je voulais le raconter", assure Alain Jakubowicz qui décrit l'avocat comme "un homme seul", défendant sa profession et confessant avoir pensé faire acquitter Nordahl Lelandais, soupçonné de nombreux meurtres dans la région grenobloise:

"Au début, un péché d'orgueil a fait naître ma volonté d'acquitter Nordahl Lelandais", raconte-t-il, évoquant un sentiment commun à tous les avocats.

"Ce n’est pas parce que j’accepte ce dossier que j’ignore la détresse et la douleur des parents de l’enfant"

Mais comment devient-on l'avocat d'un homme soupçonné du meurtre d'une fillette, d'attouchements sexuels sur mineur et de plusieurs autres meurtres au cours des quinze dernières années ?

"J’avais fait acquitter un homme devant la cour d’Assises de Grenoble, qui, il se trouve, connaissait la famille de Nordhal Lelandais", explique Alain Jakubowicz qui assure avoir eu, comme chaque cas de ce type, un cas de conscience.

"L’une de mes filles, avocate également, m’a mise en garde et m'a dit 'je te rappelle que tu as une petite fille qui a l’âge de Maëlys'. Mais ce n’est pas parce que j’accepte ce dossier que j’ignore la détresse et la douleur des parents de l’enfant", assure l'avocat qui confesse que la proximité avec l'accusé peut créer des liens.

"Aucun être humain n’est un monstre, un être humain peut accomplir des monstruosités. Vous ne fréquentez pas un être humain impunément pendant des années. Evidemment que vous voyez en lui la part d’humanité, évidemment que lorsque vous êtes confrontés dans l’isolement d’un petit bureau dans une maison d’arrêt, vous voyez l’homme, sans oublier ce qu’il a fait. Si je cite un certain nombre d’anecdotes ce n’est pas pour l’humaniser mais pour montrer que tout être humain est un être humain", explique Alain Jakubowicz.

Ancien président de la Licra, Alain Jakubowicz fut avocat des parties civiles lors des procès de l'ancien SS Klaus Barbie, du collaborateur français Paul Touvier et de celui de Maurice Papon, avant d'assurer la défense de Nordahl Lelandais.

Guillaume Dussourt