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Benjamin, abonné de Charlie Hebdo, attend "avec fébrilité" le numéro spécial de mercredi

Un abonné avec le numéro de Charlie Hebdo sorti après l'attentat contre la rédaction du journal satirique, qui a fait 12 morts au sein de la rédaction.

Un abonné avec le numéro de Charlie Hebdo sorti après l'attentat contre la rédaction du journal satirique, qui a fait 12 morts au sein de la rédaction. - Eric Piermont - AFP

RMC a rencontré Benjamin, 27 ans, qui fait partie des nombreuses personnes qui se sont abonnées à Charlie Hebdo, après l'attentat du 7 janvier 2015 contre la rédaction du journal satirique. L'hebdomadaire sort un numéro spécial mercredi 6 janvier.

Un an après l'attentat du 7 janvier qui a décimé une large partie de sa rédaction, l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo sort ce mercredi 6 janvier un numéro spécial, tiré à près d'un million d'exemplaires. La Une a été dévoilée dimanche soir, sous le titre "Un an après, l'assassin court toujours".

Ce numéro double (32 pages au lieu de 16), vendu au prix habituel de 3 euros, comporte un cahier de dessins des dessinateurs tués le 7 janvier par les frères Kouachi - Charb, Honoré, Cabu, Wolinski, Tignous -, et un éditorial du dessinateur Riss. Le patron du journal, grièvement blessé le 7 janvier, y défend la laïcité et dénonce les "fanatiques abrutis par le Coran" et les "culs-bénits venus d'autres religions".

Charlie a reçu une demande importante de certains pays comme l'Allemagne, où les diffuseurs souhaitent recevoir 50.000 exemplaires de ce numéro spécial. Actuellement, le journal se vend à environ 100.000 exemplaires en kiosque, dont 10.000 à l'international, auxquels s'ajoutent 183.000 abonnements. Un nombre d'abonnés qui s'était démultiplié après l'attentat contre la rédaction, alors qu'avant l'attentat, Charlie Hebdo, en grandes difficultés financières, ne vendait qu'environ 30.000 exemplaires par semaine.

"J'ai culpabilisé de ne pas l'avoir lu avant"

RMC a rencontré Benjamin, 27 ans, qui fait partie de ces très nombreuses personnes qui avait décidé de s'abonner à Charlie Hebdo après l'attentat. A 48 heures de la sortie de ce numéro spécial, il se dit "un peu fébrile". "Ça me fait un peu peur, dans le sens où je me demande si cela ne va pas faire remonter toutes les émotions, et même de la culpabilité". Il l'avoue, avant les attentats, il n'avait jamais ouvert l'hebdomadaire satirique. "J'ai un peu culpabilisé de ne pas l'avoir lu avant, notamment quand il y avait eu des jets de cocktails molotov contre la rédaction (dans la nuit du 1er au 2 novembre 2011, dans les anciens locaux du journal dans le 20e arrondissement de Paris, NDR). J'avais juste trouvé cela scandaleux, je n'avais rien fait de plus".

Le jeune homme n'avait même jamais été abonné à un quelconque journal. Mais après l'attaque contre Charlie Hebdo, il a décidé de sauter le pas: "J'avais l'impression qu'acheter le numéro qui allait sortir c'était symbolique ponctuellement, mais que si je m'abonnais cela allait aider financièrement le magazine (sic) à ma petite échelle". Soutenir le journal, "parce que je suis Français et que la liberté d'expression fait partie de nos valeurs", poursuit Benjamin.

"Au fur et à mesure, je les lis un peu moins"

Depuis, les numéros les plus récents s'empilent dans ses toilettes. Il le reconnaît, aujourd'hui, il est moins assidu dans ses lectures satiriques. "Juste après avoir été abonné, je les lisais entièrement, et ensuite, au fur et à mesure, comme si l'effet de culpabilité et de responsabilité s'était estompé avec le temps, je les lisais un peu moins". Il y a un numéro en tout cas qu'il garde précieusement : le premier à paraître après les attentats, avec le titre "Tout est pardonné".

Benjamin en a conservé deux exemplaires: l'un est encore emballé et soigneusement conservé dans un placard, l'autre est écorné et tâché, usé par les relectures. "Il est sur ma table de nuit entre des bouquins et des trucs… Celui-là, je l'ai lu pleins de fois". Il se replonge une énième fois dans cette Une : "Voilà, 'Tout est pardonné'… c'est beau, 'tout est pardonné'". Benjamin a gardé comme photo de profil Facebook le slogan "Je suis Charlie" et il se considère désormais comme "abonné à vie".

Philippe Gril avec Marion Dubreuil