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Ce n'est pas imaginable de se dire 'Demain, ma sœur va aller tuer du monde'

TEMOIGNAGES RMC - Alors qu’un troisième mineur radicalisé prêt à passer à l’acte a été arrêté mercredi matin à Paris, à Nantes, un père tire la sonnette d’alarme. Pascal est persuadé que sa fille, Julie, s'est radicalisée depuis six mois. Il a alerté plusieurs fois les autorités. Sans succès. Quentin, son frère, fait lui aussi part de son inquiétude.

C'est un père inquiet qui témoigne ce jeudi sur RMC. Au mois de juin, Julie, 15 ans, sa fille, a fait une première tentative de fugue. Lundi 5 septembre, avec Meryl, 14 ans , sa camarade de chambre, elles ont une nouvelle fois fugué de l’internat de la fondation des Apprentis d’Auteuil (Maison Daniel Brodier) à Bouguenais, près de Nantes. Julie est retrouvée le vendredi 9 septembre et sa camarade le lendemain. Mais, lundi 12 septembre, Julie fugue à nouveau: elle a quitté le centre ouvert où elle avait été placée.

"Elle a commencé par refuser de manger du porc"

Pascal ne la retrouve pas et est persuadé que sa fille est en route vers le jihad. Ce jeudi, il tire donc la sonnette d'alarme après avoir appelé le numéro vert du ministère de l’Intérieur pour lutter contre la radicalisation. Il a reçu comme réponse que tant qu’il n’y avait pas l’imminence d’un acte dangereux, d’un attentat, les autorités ne pouvaient pas agir pour recadrer son enfant. Aujourd’hui Pascal se sent seul, impuissant. Julie, qui s'est radicalisé suite au décès d'un de ses frères en février, a coupé tout contact avec la famille. Son père n’est pour elle qu’un "mécréant", un ennemi, et il désespère de n’avoir aucune solution pour la ramener à la raison.

Dans le salon de son petit pavillon à Nantes, Pascal analyse les six derniers mois, revient sur tous ces jours où il a assisté, impuissant, à la radicalisation de sa fille. "On a vu que Julie partait à l'extrême. Elle a commencé par refuser de manger du porc, se souvient-il. Elle a aussi changé de tenue vestimentaire, elle ne porte désormais que des vêtements amples. On a retrouvé notre fille voilée sur le quai de la gare au mois de juin. Elle était prête à partir en direction de Paris".

"Oui, nos enfants sont islamistes !"

Lundi, Julie a donc une nouvelle fois fugué. Pourtant, Pascal avait prévenu les autorités. Sa fille disait vouloir rejoindre un homme en Algérie. "On a téléphoné à la cellule de radicalisation, assure-t-il. On nous a écoutés en nous disant que notre fille était bien dans la radicalisation mais qu'elle n'était pas dangereuse pour les autres. On nous a donc dit que personne ne ferait rien". C'est pourquoi Pascal estime que les autorités n’ont pas fait le nécessaire.

"Mon appel au secours n'a pas été écouté… Je leur ai dit que s'ils ne la bloquaient pas, que s'ils ne l'empêchaient pas de se sauver, elle allait partir. Une fois, deux fois, on la récupère. La troisième fois, on ne la récupèrera pas. Oui, nos enfants sont islamistes ! Arrêtons de faire la sourde oreille et de se cacher derrière des prospectus qui ne servent à rien." Julie venait de rentrer en classe de troisième. Depuis 72 heures, elle n’a donné aucun signe de vie à ses parents.

"Tout le monde souffre"

"On ne sait pas comment elle est habillée. On ne sait pas si elle est en bonne santé. On n'a pas d'informations de la police, ni de la gendarmerie, témoigne encore Pascal. On souffre. Son frère souffre. Ses grands-parents souffrent. Tout le monde souffre mais ça à l'air de ne blesser personne". Quentin, le grand frère de Julie, ne dort plus. Il redoute, à chaque seconde, que sa sœur, qu’il aime, passe à l’acte et devienne dangereuse pour la société.

"Ce n'est pas imaginable de se dire 'Demain, ma sœur va aller tuer du monde'. On ne peut pas penser ça… Mais on n'est complètement impuissant. Il n'y a rien à faire à part attendre, assure-t-il. Sauf que durant l'attente, elle, elle a le temps de se former, de prévoir des choses. On est à un stade où on ne sait pas ce qu'il se passe, ce qu'il advient de Julie".

Maxime Ricard avec Anaïs Denet