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Condamné pour viol après un mensonge, il attend sa réhabilitation près de 20 ans plus tard

Dans "Apolline Matin" ce jeudi sur RMC et RMC Story, Nicolas Poincaré revient sur l’examen par la cour de révision de la condamnation d’un homme pour viol en 2003. La victime a avoué avoir menti.

La cour de révision va examiner ce jeudi la demande réhabilitation d’un homme qui avait été condamné pour viol en 2003. La jeune fille qui l’accusait a récemment reconnu qu’elle avait tout inventé. Et c’est la mécanique d’une terrible erreur judiciaire que la justice va étudier. Une histoire glaçante racontée par Pascale Robert Diard dans Le Monde.

En 1998, Julie, une jeune fille de 15 ans qui vit dans une petite ville du Nord, raconte à ses frères puis à ses parents qu’elle a été violée deux fois par un garçon de 17 ans, qu’elle connaît vaguement. La première fois avec la complicité de deux autres jeunes qui la tenaient pendant le viol. Le garçon est arrêté. Il s'appelle Farid, c’est un jeune homme déscolarisé fils d’un ouvrier marocain. Il nie farouchement les faits qui lui sont reprochés mais il est incarcéré.

Le récit de Julie est cohérent. Les psychologues jugent qu’elle n’a pas de tendance mythomaniaque. Ses amis confirment qu’elle leur avait tout raconté. Farid est donc renvoyé devant la cour d’assises des mineurs. Le procès a lieu en 2003 et le jeune homme est condamné à cinq ans de prison, dont quatre avec sursis. Comme il avait fait quasiment un an de prison préventive, il ne retourne pas en prison. A l’audience, c’est ce qu’avait demandé Julie. Elle ne souhaitait pas une peine trop sévère…

Violée par son grand frère

Ensuite, presque 15 ans se sont passés. Julie a fondé une famille, Farid aussi. Mais il est inscrit au fichier des délinquants sexuels et il doit pointer une fois par an au commissariat. Et puis finalement, en 2017, coup de théâtre. Julie écrit au procureur de Douai: "Je vous confesse avoir menti. Monsieur Farid E. n’est coupable de rien. Je lui demande pardon ainsi qu'à la cour".

Et Julie raconte qu’elle a bien été violée mais pas par Farid. En fait, c’était par son grand frère, entre ses 8 et ses 12 ans. Elle s’est retrouvée coincée dans un secret familial et enfermée dans son mensonge. Elle dit avoir mis des années à sortir de ce déni. Et à ce moment-là, que fait la justice? Pendant un an, rien. Julie ne reçoit aucune réponse. Elle écrit une deuxième lettre en 2018 et attend encore un an avant d'être convoquée.

Ensuite, l'enquête avance rapidement. Elle n’est pas difficile. Farid est innocenté, sauf que personne ne songe à le prévenir. Ou bien les courriers se sont perdus. En tout cas, ce n’est qu’en juillet dernier, cinq ans après la première lettre de Julie, que Farid est appelé par le commissariat qui lui dit: passez nous voir, on a toutes les preuves de votre innocence. Il a alors aussitôt prévenu son père et ensemble, ils sont allés annoncer la bonne nouvelle à sa mère qui était à l'hôpital en soins palliatifs…

La procédure de révision a été lancée par le parquet, qui va requérir l’annulation de sa condamnation. Si Farid l'obtient, ce ne serait que la douzième révision depuis celle du capitaine Dreyfus en 1899. Mais son avocat, Franck Berton, va demander à la cour d’aller plus loin en prononçant directement son acquittement, sans passer par un nouveau procès. Et cela, ce n'est pratiquement jamais arrivé. Le jugement devrait être mis en délibéré.

Nicolas Poincaré