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Contre la délinquance, Sarkozy a échoué... comme tout le monde !

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Hier jeudi sur RMC, Claude Guéant a fait part de sa colère concernant le rapport de la Cour des comptes qui critique les résultats du gouvernement en matière de sécurité.

Si vous vouliez savoir à quoi sert de nommer un opposant politique à la tête d’un grand corps de contrôle, vous avez la réponse. Pas à obtenir son ralliement, ni une neutralité bienveillante sur le travail de l’exécutif. Ça permet de discréditer les conclusions des contrôleurs quand elles sont défavorables. Nicolas Sarkozy a nommé Didier Migaud, député PS, à la tête de la Cour des comptes. On a dit que c’était pour prolonger sa politique d’« ouverture ». Aujourd’hui, c’est l’ouverture… des hostilités. Alors le rapport de la Cour est sévère pour le gouvernement – en gros il l’accuse de fausser les statistiques pour présenter de meilleurs résultats. Eh bien Claude Guéant et l’UMP poussent des cris, Jean-François Copé dit que c’est un travail « idéologique » et quelques députés de la majorité qui veulent se faire bien voir dénoncent la Cour comme une officine socialiste. Et le tour est joué ! Enfin presque…

Ces critiques contre la politique de sécurité du gouvernement, elles sont fondées ?

S’il s’agit de dire que malgré les discours et les satisfécits, la délinquance ne recule pas vraiment, oui. Tous les ministres de l’Intérieur – y compris Nicolas Sarkozy entre 2002 et 2007 – jouent sur les indices comme ces musiciens qui tapent avec des baguettes sur des bouteilles plus ou moins pleines. Donc la Cour des comptes a raison de pointer que l’approche statistique est trompeuse. Ce qu’elle ne dit pas, c’est que tous les gouvernements font la même chose pour masquer le même échec : depuis 30 ans, les violences aux personnes augmentent de façon constante, rectiligne – et dans toutes les grandes démocraties. Donc si une politique était plus efficace qu’une autre, on le saurait !

La Cour des comptes ne dit pas que cela. Elle dénonce aussi une mauvaise utilisation des effectifs policiers ou le choix de la vidéo-surveillance. Qu’est-ce qu’il faut en penser ?

On ne va pas entrer dans un débat de spécialistes. Au demeurant, je trouve curieux que la Cour des comptes établisse ce type de diagnostic. Est-ce que des magistrats financiers sont particulièrement compétents pour dire s’il y a assez de policiers dans les rues ? On ne fait pas de la police qu’avec des képis et des gyrophares. C’est aussi en faisant des enquêtes et en arrêtant des délinquants qu’on fait reculer la délinquance. Les policiers qui font ce travail ne sont pas forcément dans les rues – ça ne veut pas dire qu’ils ne servent à rien. Sur la vidéo-surveillance, le rapport déplore que l’on n’aille pas assez vite et que ça coûte trop cher. Au minimum, c’est une contradiction.

Est-ce qu’on est condamnés à voir la délinquance progresser sans pouvoir rien faire ?

C’est l’un des sujets sur lesquels l’opinion a le sentiment que les politiques sont impuissants. Des mesures à prendre, il y en a beaucoup : de prévention, de formation, d’organisation, d’investissements… Le problème, c’est que dans nos démocraties, lutter contre l’insécurité coûte cher et il y a de moins en moins d’argent. Si le pouvoir diminue les effectifs de la police, ce n’est pas par plaisir ni par idéologie ; c’est pour faire des économies. Il faut simplement avoir le courage de dire qu’on ne peut pas faire plus de sécurité avec moins de moyens.

Ecoutez ci-dessous "Parti pris" de ce vendredi 8 juillet 2011 avec Hervé Gattégno et Jean-Jacques Bourdin :

Hervé Gattegno