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Englué dans des affaires, Eric Dupond-Moretti devra-t-il quitter le gouvernement?

"EXPLIQUEZ-NOUS" - Eric Dupond-Moretti est convoqué par la justice le 16 juillet en vue d’une probable mise en examen.

Eric Dupond-Moretti est soupçonné d’avoir profité de son poste de ministre pour régler des comptes personnels. Il faut se souvenir que juste avant sa nomination, il y a un an jour pour jour, l’avocat Eric Dupond-Moretti avait porté plainte contre des magistrats. Il leur reprochait d’avoir épluché ses relevés téléphoniques et de l’avoir géolocalisé pendant 10 jours. Dans le cadre d’une enquête sur Nicolas Sarkozy.

Eric Dupond-Moretti, pas encore ministre, avait commenté: “On est chez les dingues, ce sont des méthodes de Barbouze. On a affaire à la clique des juges qui s'autorisent tous”.

Une semaine après, il était nommé garde des Sceaux. Pour ne pas être juge et partie, il avait aussitôt retiré sa plainte, mais passé les vacances, en septembre une enquête administrative avait été ouverte contre les trois magistrats concernés.

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Voilà ce qu’on lui reproche. En droit, on parle de soupçons de prise illégale d'intérêt. En langage courant, on dirait qu’on l’accuse d’avoir abusé de sa fonction pour régler ses comptes.

Dans cette affaire, mais aussi dans une autre. L’affaire de Monaco. C’est un peu le même mécanisme. Eric Dupond-Moretti défendait un policier de haut rang en poste dans la principauté. Le magistrat chargé de l’affaire s’était exprimé à la télévision pour mettre en cause le client d’Eric Dupond-Moretti. Ça ne lui avait pas plus et l’avocat Dupond-Moretti avait dénoncé des “méthodes de voyou”. Plus tard, le ministre Dupond-Moretti avait déclenché une enquête de l’inspection générale de la justice contre ce magistrat cow-boy. De nouveau, il y a un soupçon de prise illégale d'intérêt.

Trois syndicats de magistrats et une association ont porté plainte devant la cour de justice de la République, la seule instance susceptible de poursuivre et de juger un ministre en exercice.

Une perquisition la semaine dernière

Jeudi dernier, les magistrats de la CJR ont déboulé au ministère de la Justice pour une perquisition. Ils y sont restés 15 heures avec les gendarmes. Ils ont fait venir un serrurier pour ouvrir avec une disqueuse les vieux coffres forts dans le bureau du garde des Sceaux, en présence d’Eric Dupond-Moretti.

Le garde des Sceaux dénonce une opération politique. Il s’en prend au principal syndicat qui a porté plainte contre lui. L’union syndicale des magistrats qui selon lui n’a d’autres objectifs que d’obtenir sa mise en examen et sa démission. Il y a un an, le 6 juillet 2020, ce syndicat avait réagi à la nomination du ministre en disant: “C’est une déclaration de guerre”. Et de fait, ce qui se passe en ce moment ressemble bien à une guerre ouverte. Tout cela est absolument inédit.

Le fond de l’histoire, c’est qu’Eric Dupond-Moretti déteste les juges et les juges le lui rendent bien. Le ministre a souvent dénoncé les magistrats qui font partie d’une institution de “faux-cul”, d’un petit monde de l’entre-soi, il a parlé de leur lâcheté, de leur copinage. Sans parler de toutes ces années où il lui est arrivé de hurler pendant les procès contre des juges ou des procureurs. Je l’ai vu par exemple à Saint-Omer, dans le procès Outreau face au juge Burgaud, responsable de ce célèbre naufrage judiciaire. Il l’avait atomisé, humilié, coupé en rondelles en lui criant dans les oreilles. C’est sans doute aussi toutes ces attaques qu’il paye aujourd’hui.

Que va-t-il se passer maintenant ?

À l’issue de sa perquisition jeudi dernier, Eric Dupond-Moretti avait reçu cette convocation pour la fin de la semaine prochaine. Convocation en vue d’une mise en examen. Il avait aussitôt prévenu l’Elysée et il s’était déclaré serein.

Sauf qu’il y a en France la jurisprudence Bérégovoy Balladur pour les ministres mis en examen. Dans les années 90, Pierre Bérégovoy avait exigé la démission de Bernard tapie, puis Édouard Balladur, celles de trois de ses ministres. Et depuis, presque tous les ministres mis en examen ont dû quitter le gouvernement. Y compris François Bayrou au tout début de ce quinquennat. On saura dans une dizaine de jours, si Emmanuel Macron applique ou non cette jurisprudence. C’est à lui qu’appartient la décision.

Nicolas Poincaré