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"Expliquez-nous": que reproche la justice à Bernard Tapie?

L'homme d'affaires de nouveau devant la justice. Bernard Tapie comparaît à partir de lundi devant la cour d'appel de Paris pour "escroquerie", toujours dans l'affaire de l'arbitrage "Adidas", un conflit qui dure depuis 27 ans.

Bernard Tapie comparaît de nouveau à partir de ce lundi devant la cour d’appel de Paris. Il est jugé pour "escroquerie" dans l’affaire de l’arbitrage "Adidas", un conflit qui dure depuis 27 ans. Il est cette fois jugé pour escroquerie et détournement de fonds publics.

En 2008, un tribunal d'arbitrage avait été désigné pour mettre un terme a un conflit financier interminable qui durait depuis déjà 15 ans. Les arbitres avaient donné raison a Bernard Tapie et l’état avait dû lui verser 404 millions dont 45 millions au titre du préjudice morale.

Puis 7 ans plus tard, la justice estime finalement que Bernard Tapie a obtenu ce jugement favorable de façon frauduleuse, avec le soutien de l'Elysée et parce que son avocat était proche d’un des trois arbitres. 

En 2019, lors d'un premier long procès, le procureur requiert une peine sévère de cinq ans de prison germe contre l'homme d'affaires. Mais à la surprise générale, le tribunal prononce une relaxe estimant qu’aucune fraude n’a pu être démontrée. Une claque pour l'Etat, une revanche pour Tapie. Le parquet a fait appel, et ce qui commence aujourd’hui, c’est donc le match retour. Et Bernard Tapie espère bien sur le même jugement qu’en première instance, c’est a dire sa relaxe et la confirmation qu’il n’a pas triché pour obtenir ses 404 millions de 2008.

404 millions à rembourser même en cas d'éventuelle relaxe

Mais même s’il obtient de nouveau sa relaxe, Bernard Tapie devra bien rendre les 404 millions parce que l’arbitrage a été définitivement annulé en 2015 et qu'il a déjà a été condamné au civil à rendre l’argent. Ensuite il a été poursuivi pénalement pour avoir triché. Le fait d’avoir été acquitté n’a rien changé. Le fait d'être rejugé aujourd'hui ne changera rien. La décision qui lui a attribué ces 404 millions est annulée. En fait il devrait déjà avoir rendu les millions depuis 5 ans maintenant. 

Sauf qu’il ne l’a pas fait. Ce serait mal connaître Tapie que de l’imaginer accepter sa défaite et faire un chèque au trésor public. Juste avant la décision de 2015 qui lui demandait de rembourser, il avait placé ses biens sous le régime de la protection des sociétés en faillite, rendant toute saisie impossible. Et puis il a utilisé tous les recours possibles devant tous les tribunaux possibles. De matière a toujours plus embrouiller les choses et à rendre les dossiers toujours plus compliqués pour que personne n’y comprenne plus rien. Et ça marche.

Son argument c’est : "Je ne peux pas vous rendre 404 millions parce que j’ai touché beaucoup moins". Une partie de la somme ayant été versé directement à des créanciers. Combien a-t-il touché exactement? Et bien justement on ne sait pas. La Cour d’appel doit bientôt se prononcer. Cela ne devrait pas être difficile à déterminer, on devrait pouvoir retrouver la trace d’un chèque ou d’un virement. Mais apparemment ce n’est pas si simple et on attend encore. 

En attendant, Bernard Tapie garde la jouissance de ce qu’il avait acheté, notamment un avion, un yacht de 76 mètres à 40 millions, une villa à Saint-Tropez, un hôtel particulier à Neuilly et un bien immobilier important à Londres. Il avait aussi transféré légalement 200 millions vers la Belgique. Depuis il a revendu l’avion et le bateau et s’est acheté le journal "La Provence".

Il a également gardé son hôtel particulier à Paris. Un magnifique édifice au cœur de Saint-Germain-des-Prés, qui symbolise toute l’histoire de Bernard Tapie. Parti de rien, élevée en banlieue, il avait pu s’offrir cette résidence de prestige. Et il l’avait meublé avec des meubles de Louis XV. Pas des meubles d’époque Louis XV, non des fauteuils ayant appartenu au roi lui-même! Une résidence qui est à lui sans être à lui depuis 1994, depuis qu’il avait été déclaré en faillite personnelle. L'hôtel de Cavoye a plusieurs fois été saisi, mais lui n’a jamais été délogé. 

Échec de la justice 

Dans les années 90, le Crédit lyonnais avait organisé une visite humiliante. Puisque le public avait pu visiter l'hôtel particulier alors que les Tapie y étaient encore. "Ma femme a dû se cacher dans les toilettes pour pleurer" avait raconté Bernard Tapie. Et cela fait 25 ans que ça dure, que Bernard Tapie occupe les lieux sans en être propriétaire. Ou alors en l'étant via des sociétés en liquidation. Le mois dernier encore, un agent EDF est venu pour couper l'électricité au nom de créancier. Finalement cela ne s’est pas fait, le technicien EDF s’est excusé lorsqu’il l'a reconnu.

La justice civile, la justice pénale, la justice des tribunaux de commerce, la justice arbitrale, toutes les cours de France sont penchées depuis près de 30 ans sur cette affaire. Sans jamais vraiment trancher LA question.

Bernard Tapie est il un escroc ? Ou bien s’est-il fait escroquer par l’État, comme il le dit. À moins que les deux soit vrais. Qu’il soit un escroc et qu’il ait été escroqué. Cela expliquerait les 30 ans d’errements judicaires.

Nicolas Poincaré