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"Expliquez-nous": qui était le chef d'Al-Qaïda au Maghreb islamique tué par les forces françaises?

L'armée française a remporté un succès la semaine dernière dans sa guerre contre le terrorisme au Sahel. Le chef d’Al-Qaida au Magreb islamique (AQMI) a été abattu au nord du Mali.

Il avait presque 50 ans. Il s’appelait Abdelmalek Droukdal, c’était un égorgeur, un preneur d’otage, un terroriste avec un CV long comme le bras. Dans ce métier où l’on ne vit pas très vieux, il pouvait se vanter d’avoir 30 ans d'expérience.

C’était un Algérien, né dans la banlieue d’Alger. Il fait des études scientifiques, mais il a 20 ans lorsque son pays bascule dans la guerre civile. Il rejoint les GIA, il participe a cette très sale guerre qui se fait souvent au couteau et qui va faire 200.000 morts en 10 ans.

Il finit par faire allégeance à Oussama ben Laden après le 11 septembre 2001. Il crée Al-Qaïda au Maghreb islamique, dont il était encore le chef. Il participe à la prise de contrôle d’une grande partie du Mali. Ses hommes enlèvent des dizaines d’otages, dont des Français. Il participe aux trafics d’armes, au trafic de drogues et au trafics de migrants, ce nouvel esclavage.

Le résultat d’une coopération entre la CIA et la DGSE

Abdelmalek Droukdal vivait dans la clandestinité depuis 1992. Il savait se cacher. Il a finalement été retrouvé au nord du Mali, dans le désert à 20 kilomètres seulement de la frontière algérienne.

C’est le résultat d’une coopération entre la CIA et la DGSE, les services secrets français et américains. En fait, c’est sa voiture qui a d’abord été repérée. Son 4x4 a alors été suivi en permanence par des drones. Mercredi dernier, les images aériennes ont montré qu’il se trouvait dans une grotte dans le massif des Iforas, un massif caillouteux, fait de grosses roches noires, un labyrinthe absolument aride et loin de toute habitation.

La décision a été prise de donner l'assaut. A 18 heures mercredi, des commandos des forces spéciales ont été déposés au sol par 6 hélicoptères. Un autre hélico a tiré une roquette. Ce qu’on appel un tir de sidération. Puis les soldats français ont donné l’assaut de la grotte. Il y a eu de vrais combats. Un homme s’est rendu, quatre autres ont été abattus: le chef terroriste et trois de ses lieutenants.

Est ce que sa mort peut déséquilibrer les mouvements terroristes?

Les militaires français l'espèrent. Ils espèrent même une guerre de succession où s’opposeraient les représentants d’Al Qaida et de Daesh. Les deux grandes boutiques du terrorisme islamique au Sahara sont déjà en guerre dans la région, la disparition du chef peut raviver le conflit.

Mais il ne faut pas se faire trop d'illusions. La mort d’un leader n’a jamais entraîné la disparition de son mouvement et Al-Qaïda se trouvera surement un nouveau patron.

Cette opération n’est pas le seul succès des Français ces derniers mois

Depuis le début de l’année les militaires français disent avoir porté des coups très rudes aux bandes islamistes. Ils estiment avoir “neutralisé” environ 100 jihadistes par mois. Donc 500 depuis janvier. Neutraliser, le plus souvent ça veut dire abattu.

Ce qui s’est passé au début de cette année, c’est que l’on sortait d’une période très noire. L'armée française n’avait pas pu empêcher des attentats et des raids meurtriers, contre des villageois au Burkina Faso, contre des bases de l’armée au Niger. On avait compté les morts par centaines dans la zone des trois frontières, entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso. Et au même moment, la France a perdu 13 hommes, lorsque deux hélicoptères se sont télescopés en poursuivant des jihadistes au sol.

C’est à ce moment là qu’Emmanuel Macron a décidé de renforcer l'opération Barkhane. On est passé de 4.500 à 5.200 hommes. Mais surtout les ordres ont changé. Il a été décidé de taper le plus fort possible sur les mouvements jihadistes. Avec des bombardements aériens, avec des drones armées, avec les hélicoptères de combats, mais surtout avec des commandos au sol.

Il y a eu ces derniers mois des opérations très audacieuses. On m’en a raconté une, avec des commandos qui passent plusieurs jours cachés à proximité d’un camp de jihadistes, qui finissent par donner l'assaut de façon à ce que les terroristes s'échappent dans une direction ou les attendaient d’autres commandos français. 

Voilà ce qui se passe en ce moment au Sahel

Peut-on espérer gagner cette guerre?

Non, aucune chance. C’est une guerre ingagnable. Dans un territoire grand comme l’Europe, et face a une multitude de mouvements. Cela fait maintenant 7 ans que l'armée française combat dans ce désert. 46 militaires Français y ont perdu la vie.

La situation est telle aujourd’hui que si on reste on n’a aucun espoir de victoire. Mais si on part, c’est pire.

Nicolas Poincaré (avec J.A.)