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"Expliquez-nous": y-a-t-il une montée de la haine "anti-flic"?

Les syndicats de policiers dénoncent une montée de la "haine anti-flic". Ils évoquent notamment des lettres de menaces reçu par des CRS à leur domicile et les propos d’une responsable du syndicat de la magistrature.

Les syndicats de policiers ont fait part de leur effroi pour cette histoire de lettre de menaces. Elles ont été envoyées à une dizaine de CRS, ou même parfois déposées dans leur boite aux lettres. Elles sont signées ACAB, les initiales d’un slogan anglais qui veut dire tous les "flics sont des bâtards". Et le texte de ces lettres est explicite. Il annonce que pour "chaque citoyen blessé un membre de vos familles subira le même préjudice".

Les CRS qui ont reçu ces menaces sont tous des régisseurs, c’est à dire des comptables des compagnies. Pourquoi? Parce qu’ils sont nommés par décret publié au Journal officiel. Leurs noms et prénoms venaient donc d'être rendus publics et leurs adresses étaient faciles à trouver.

Autre violence dénoncée par les syndicats. Un policier de la BAC en région parisienne a été victime d’un guet-apens. Sa voiture a été volontairement percutée dans la nuit de jeudi à vendredi alors qu’il était hors service. Il a dû prendre la fuite.

Dans ce contexte, les policiers ont particulièrement mal vécu une déclaration d’une responsable du syndicat de la magistrature, Sarah Massoud. Dans une interview, elle a dit qu’elle avait peur d’aller manifester le 5 décembre. Peur des policiers, des grenades lacrymogènes, des tirs de LBD, bref elle dit avoir peur de ce qu’elle appelle les violences policières.

Un niveau de violence sans précédent depuis mai 68

Le patron du syndicat LGP Police, Grégory Joron lui a écrit pour lui dire qu’elle était complice de la haine anti-flic qui gangrène notre société.

On peut effectivement parler d’une haine anti-flic. On a atteint dans les manifestations depuis un an un niveau de violence sans précédent depuis mai 68. Tout a certainement basculé les 1er et 8 décembre dernier. Le premier décembre, c’est l’épisode de l’Arc de triomphe ou l’on découvre la violence des ultra "gilets jaunes". 28 policiers et gendarmes sont blessés, certain très grièvement. Beaucoup surtout se sont retrouvés encerclés, caillassés ou bien au corps à corps. Ce jours-là, les CRS et les gendarmes mobiles ont eu peur et les images ont été désastreuses.

Alors le samedi suivant c’est l’inverse. Les forces de l’ordre sont renforcées, elles sont beaucoup plus mobiles, elles prennent l’initiative et elles cognent. Encore 39 blessés parmi les policiers mais 225 parmi les manifestants. Et beaucoup de blessés graves: 12 touchés à la tête. Trois hommes et une femme sont éborgnés et perdent définitivement l’usage d’un œil.

Ce week-end, Le Monde revenait sur cette journée et a retrouvé la trace de cette ordre du commandement à ces troupes: "Allez-y franchement, n'hésitez pas à percuter ceux qui sont au contact". Et effectivement ce jour-là, la police a percuté.

Depuis ce jour-là, on assiste à une monté de l'hostilité vis-a-vis de la police. Presque toutes les manifestations ont été marquées par des violences. Même la très pacifique marche pour le climat en octobre a été infiltrée par des black blocs et s’est retrouvée noyée sous des nuages lacrymogènes. Il y avait ce jour-là des marches pour le climat dans toute l’Europe. Une seule s’est mal passée: celle de Paris.

Violences pour l'anniversaire des "gilets jaunes"

Violences encore pour l’anniversaire des "gilets jaunes" sur la place d’Italie le mois dernier. Et violence de nouveau jeudi lors de la première grande manifestation syndicale contre la réforme des retraites.

Des affrontements à Paris, Lyon, Strasbourg, Nantes, Montpellier. La police fait état de 11 policiers blessés jeudi à Nantes. Et de 8 autres blessés samedi à Montpellier. Un fonctionnaire a été roué de coup au sol. Un autre a été mordu et un troisième a reçu des coups de casques.

Mais sur les réseaux sociaux, on peut également voir les images d’un homme frappé au sol, jeudi par deux policiers boulevard Magenta à Paris. Il reçoit 12 violents coups de matraque et deux coups de pieds. Finalement, les policiers s’en vont sans l'arrêter. L’IGPN a ouvert une enquête.

Une autre vidéo montre un commissaire jeter brutalement au sol une jeune fille, lui faisant ce qu’on appelle une balayette. Une autre vidéo encore montre un homme de 70 ans sorti de sa voiture sans ménagement par trois gendarmes.

Tout est désormais filmé et chacun peut juger de la gravité des violences de la police et des violences contre la police.

L’affaire du boxeur Christophe Dettinger illustre bien cette montée de la haine des flics. Le 5 janvier dernier, sur une passerelle en face du musée d'Orsay à Paris. Christophe Dettinger, ancien boxeur professionnel est filmé en train de donner 6 coups de poing à un gendarme puis juste après en train de donner 3 coups de pied à un autre gendarme à terre. Il sera très vite identifié, jugé et condamné à un an de prison ferme. Mais le plus étonnant de l’histoire, c’est l’affaire de la cagnotte. Une cagnotte Leetchi avait été lancée par sa femme pour payer les frais d’avocat. Elle avait recueilli 140.000 euros en 48h. 8.800 donateurs avaient exprimé leur sympathie pour le boxeur-cogneur en lui donnant de l’argent.

La cagnotte avait très vite été fermée et l’argent bloqué. Il n’a toujours pas été débloqué. C’est de l’argent sulfureux, de l’argent anti-flic. La justice doit se prononcer dans les semaines qui viennent.

Nicolas Poincaré