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Agression d'une jeune fille en jupe à Strasbourg: pourquoi les enquêteurs doutent de la version d'Elisabeth

EXPLIQUEZ-NOUS - Les enquêteurs ont de sérieux doutes sur l’agression dont une jeune femme affirmait avoir été victime à Strasbourg. Elle disait avoir été frappée par trois hommes parce qu’elle portait une "jupe trop courte".

Rien n’est venu confirmer le récit d’Elisabeth, cette jeune étudiante de 22 ans. Ce qu’elle avait raconté était terrible et avait fait beaucoup de bruit. Elle affirmait avoir croisé trois hommes près d’une passerelle. L’un d’entre aurait dit: 'Regarde cette pute en jupe'. Elle aurait dit : 'pardon?' et eux 'tais toi salope, et baisse le regard'

Puis deux d’entre eux l’aurait attrapé par les bras et le troisième lui aurait asséné un coup de point avant de prendre la fuite. Toujours selon le récit de la jeune femme, 15 témoins ont assisté à la scène sans intervenir. Aucun n’aurait appelé les secours, ni ne lui a porté assistance après le départ des agresseurs. 

Pas de témoin

Problème ne s’est manifesté malgré les appels à témoins. Plus troublant encore: la vidéo-surveillance. Il n’y pas de caméra sur les lieux de l’agression supposée, mais il y des images des environs, et aucune ne montre trois hommes correspondants à la description, et surtout aucune image ne montre non plus Elisabeth se rendant vers la passerelle…

Et à l’heure de l’agression le bornage de son téléphone montre qu’il était chez elle. Elle pourrait l'avoir oublié mais ce n’est pas ce qu’elle a raconté. Or, elle a dit qu’elle avait son téléphone.

Membre d’un groupe Facebook qui luttait contre le harcèlement dans la rue 

C’est une enquête du Monde qui a retrouvé ce groupe d’étudiants se disant plutôt de droite. Elle était la modératrice de la page Facebook, "Strasbourg défense" qui organisait des patrouilles de bénévoles dans la rue pour lutter contre le harcèlement. 

La mairie de Strasbourg et la police n’étaient pas très favorable à ces patrouilles, dites citoyennes, ou milicienne…

Retentissement national

Après sa supposée agression, Elisabeth avait donné de nombreuses interviews, y compris sur RMC. Plusieurs ministres s’étaient emparé de l’affaire. Gabriel Attal, le porte parole du gouvernement avait fait part de sa "condamnation absolue de faits très graves". Marlène Schiappa, ministre délégué à la citoyenneté s’était déplacée à Strasbourg. Alors que la préfète du département lui avait déconseillé raconte Les dernières nouvelles d’Alsace

Pas une première

Et ce n'est pas une première, loin de là! La plus célèbre fausse agression c’est l’affaire de la "fille du RER". Marie Léonie, 23 ans en 2004, avait raconté avoir été victime d’une attaque antisémite. Des jeunes issues de l’immigration, avait-elle précisé, lui avait dessiné au couteau, une croix gammée sur le ventre. Émotion nationale, Une de tous les journaux, ferme condamnation du président de la République Jacques Chirac. Mais elle avait avoué trois jours après, avoir tout inventé, trahie par le bornage de son téléphone. L’affaire avait été racontée dans un film d’André Techiné avec Catherine Deneuve.

En 2014, une militante féministe tunisienne Assina Sboui, membre du groupe des Femen, avait raconté avoir été agressée à Paris par des salafistes qui lui avait tondu des sourcils. Deux mois plus tard, elle avait avoué que tout était faux. 

Après les attentats de 2015, un instituteur d’Aubervilliers avait prétendu avoir été agressé dans sa classe, juste avant l’arrivée des élèves pars un terroriste se réclamant de Daesh. Les images vidéos avaient montré que c'était une pure invention. Pur invention.

Peu après, à Marseille le professeur d’une école juive agressé et blessé au ventre au couteaux par un islamiste membre de Daesh, lui aussi. En regardant bien, on s’était aperçu que les blessures au ventre, ils se les était faite, c'était plutôt des griffures que des coups de couteau. Il a dû avouer. Dans toute ces histoires, on a affaire a des mythomanes, un peu dérangés en mal de reconnaissance.

De fausses agressions motivées par des raisons pratiques

Un chauffeur de bus à Marseille avait créé une émotion considérable en racontant que deux jeunes avaient tenté de le brûler vif dans son bus. C'était faux, mais il espérait ainsi être muté vers des quartiers de Marseille plus tranquilles. Un autre chauffeur de bus à Goussainville en région parisienne avait aussi inventé une fausse agression. Il voulait, lui, un arrêt de travail... pour partir en vacances.

Nicolas Poincaré