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Après les attentats, la parole raciste se libère: "J'allais faire mes courses, je me suis retrouvé agressé"

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Depuis les attentats, l'association SOS Racisme s'inquiète de la multiplication des propos racistes alors que la permanence juridique est d'habitude moins sollicité l'été. Mehdi, ancien médecin-urgentiste victime d'une agression, a expliqué à RMC subir des propos racistes au quotidien.

Mehdi se souvient de presque tout, du regard de son agresseur, des coups qu'il a porté à sa tête, à son visage. Mais surtout de ces mots violents: "sale barbu, sale arabe, sale islamiste", énumère cet ancien médecin-urgentiste. "C'était le 29 avril, j'allais pour faire mes courses, je me suis retrouvé agressé, laissé pour mort sur le sol", poursuit-il. 

Le jeune homme a porté plainte mais depuis quelques semaines et les nouveaux attentats du mois de juillet, il est de nouveau victime d'insultes qu'il ne comprend pas.

"Parce que j'ai peut-être une tête d'arabe? Qu'est-ce qui se passe? Il faut arrêter", réclame Mehdi. 

Des témoignages comme celui-ci, SOS Racisme en recueille quotidiennement depuis les récents attentats. Marina Belliard, responsable du service contentieux au sein de l'association croule sous les plaintes. "Certaines personnes qui étaient racistes auparavant se sentent aujourd'hui libres de violenter quelqu'un, de refuser un logement à quelqu'un, d'injurier quelqu'un. Il y a un réel basculement qui est très inquiétant", indique-t-elle. 

Un racisme qui ne se cache plus

La communauté musulmane est particulièrement visée. L'année dernière, la délégation interministérielle à la lutte contre le racisme et l'antisémitisme avait recensé une augmentation de 223% des actes antimusulmans par rapport à 2014.

Bien sûr, souligne Dominique Sopo, président de SOS Racisme, le racisme s'exprimait déjà avant les attentats, mais il a désormais pris une autre forme et ne se dissimule plus. Il prend pour exemple un témoignage rapporté dans lequel une personne s'était vue refuser une location de vacances.

"En général quand il y a une discrimination c'est un non dit, on dit non désolé le bien est déjà loué. Là une personne appelle et quelqu'un lui dit au bout du fil (...) je ne louerai pas à un musulman, ce qui est assez inhabituel. Il y a une expression très directe du racisme, de la haine envers un groupe de la population", explique-t-il.

Le président de SOS Racisme estime que cette libération de la parole raciste a notamment pu être encouragée par "un manque de hauteur des responsables politiques". Alors qu'après les attentats de Charlie Hebdo et de l'Hypercacher, les responsables s'étaient selon lui illustré par une "certaine dignité", leur comportement n'a pas été le même au mois de juillet. 

"Quand on en est à voir des polémiques où chacun se renvoie la balle avec des histoires de policières municipale et de ministre qui réagissent à distance, des propos qui surfent sur le fait qu'il y a un problème avec une partie de la population dans ce pays, on est assez loin de ce qui s'est passé au mois de janvier et même après le mois de novembre 2015", remarque-t-il. Avant que les choses empirent, il tient à "tirer la sonnette d'alarme" et appelle à "préserver" l'unité. 

C. B avec Marie Monier