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Face à la terreur, "il est important de prendre soin les uns des autres"

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Comment réagir face aux attentats qui frappent le pays?S'il est normal de ressentir de l'angoisse, il faut savoir gérer son anxiété. "Ne pas rester seul, lutter contre l'intolérance", préconise la psychiatre et présidente de l'association Mémoire traumatique et victimologie, Muriel Salmona.

Paris, Nice, Saint-Etienne-du-Rouvray… Les attentats se succèdent en France alimentant un climat de peur généralisé. Alors comment ne pas céder à la psychose? D'abord admettre son angoisse. Même si l'on n'a pas été touché directement par les attentats, "il est légitime d'être anxieux. Il est normal de s'inquiéter pour ses proches, de s'inquiéter pour l'avenir", estime Muriel Salmona, psychiatre et présidente de l'association Mémoire traumatique et victimologie.

Pour ne pas laisser cette angoisse dégénérer en stress permanent, il faut surtout parler et échanger avec les autres. "Il est important de ne pas rester seul, de garder le lien avec les autres, il faut prendre soin les uns des autres. Il faut sortir de soi et aller vers les autres", conseille la psychiatre.

Et pour se préserver, inutile de tenter de se couper du monde et des informations. "Il n'est pas possible de ne pas se tenir au courant. Même si on essayait, on n'y arriverait pas. Il est difficile de tout couper. Mais pour ne pas entretenir le stress, il vaut mieux lire des articles et écouter des émissions de réflexion qui véhiculent des pensées mesurées et réfléchies", préconise la psychiatre.

Evitez tout stress inutile

Car avec un choc traumatique, le cerveau "disjoncte". La personne est comme sidérée, paralysée psychiquement. Et si on n'évacue pas correctement ses angoisses, "on utilise ensuite le stress pour se réanesthésier", analyse Muriel Salmona. Autrement dit, on recherche des situations à risque pour retrouver une forme de sidération: agressivité, addictions, autant de réactions qui aggrave encore davantage le trauma.

Evitez donc toute forme de stress inutile, "surtout si vous n'y êtes pas obligé". "Evidemment, si vous avez peur dans les transports, mais que vous devez aller travailler vous n'avez pas le choix. Mais, si par exemple vous devez emmener vos enfants à un endroit et que vous vous sentez trop mal, ne vous y obligez pas", préconise la psychiatre.

Et face aux enfants justement, il faut être attentif. "Leur cerveau est plus vulnérable. Ils entendent et voient bien ce qui se passe. Il faut leur expliquer simplement les choses. Même si c'est inexplicable. Les enfants savent qu'il y a des méchants, ils l'ont bien intégré dans leur schéma de fonctionnement. Il faut leur dire qu'il y a des méchants mais que tout le monde fait au mieux", conseille-t-elle.

"Lutter contre l'intolérance"

"Les terroristes cherchent à détruire le lien social, à faire régner la terreur. Ils essaient de toucher tout le monde: l'armée, les juifs, les journalistes, les jeunes, les familles, les chrétiens. Et l'intensité de nos réactions est dépendante de la stratégie des terroristes", souligne Muriel Salmona.

La bonne réaction selon la psychiatre: "lutter contre les paroles haineuses et l'intolérance". "Il faut être dans la solidarité. Il est préférable d'éviter de juger les comportements des autres, car chacun fait comme il peut. La solidarité, c'est une manière de ne pas répondre à l'appel des terroristes".