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"Un Ehpad, ce n’est pas une zone de non-droit": une directrice jugée pour non-dénonciation de viol

L’ancienne directrice de l’Ehpad de Dun-le-Palestel (Creuse) est jugée ce jeudi devant le tribunal correctionnel de Guéret, pour non-dénonciation de crime et non-dénonciation de mauvais traitements, privations, agressions ou atteintes sexuelles infligées à une personne vulnérable. La justice lui reproche de ne pas avoir signalé le viol d'une résidente atteinte d’Alzheimer le 7 avril 2019, par un autre pensionnaire de l'établissement.

Le 7 avril 2019, une résidente de 91 ans atteinte d’Alzheimer est violée par un autre résident de 83 ans à l'Ehpad de Dun-le-Palestel (Creuse). Le personnel intervient, change l'agresseur d'étage et alerte la direction. Mais Monique Jaudier, la fille de la victime, n'est informée que trois semaines plus tard.

"La directrice m’a expliqué qu’on avait trouvé ce monsieur le pantalon aux chevilles, son sexe dans la bouche de ma mère. Ma mère était attachée sur son fauteuil roulant parce qu’elle était tombée plusieurs fois et elle était atteinte d’Alzheimer", s’émeut Monique Jaudier.

Elle raconte que sa mère "a été très choquée" et "disait qu’elle était une mauvaise femme". "Comme sa maladie est progressive, elle a fini par oublier, heureusement quelque part... Mais vous croyez que quelqu’un nous a présenté des excuses? Pas du tout. Il ne fallait surtout pas que ça se sache".

Monique Jaudier a déposé plainte pour viol. Et l'enquête a révélé une dizaine de signalements pour agressions sexuelles concernant le même résident les deux années qui ont précédé le viol, dont plusieurs incidents concernant la mère de Monique Jaudier. Le mis en cause et sa victime sont aujourd'hui décédés et l’instruction a été clôturée pour non-lieu.

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L'Ehpad poursuivi par le parquet

Le parquet de Guéret a néanmoins décidé de poursuivre la directrice de l’Ehpad pour non-dénonciation de crime et non-dénonciation de mauvais traitements, privations, agressions ou atteintes sexuelles infligées à une personne vulnérable. Nathalie Teste, secrétaire CGT Santé de la Creuse, explique que c’est une employée qui l’avait contactée, paniquée, et que c’est elle qui a prévenu l’Agence régionale de santé. Sinon, l’Ehpad allait "mettre l’affaire sous le tapis".

"Mais on est là pour protéger les résidents", s’emporte la responsable syndicale. "Ce n’est pas une zone de non-droit, un Ehpad. Une agression sexuelle dans la rue, on la dénonce. Et ça doit être exactement pareil dans un Ehpad".

Dans une enquête consacrée aux violences sexuelles en Ehpad, Mediapart a retrouvé la trace d’une centaine de victimes judiciarisées depuis 2013, "la face émergée de l’iceberg". L'ex-directrice de l'Ehpad de Dun-le-Palestel, qui conteste avoir voulu étouffer l’affaire, encourt trois ans de prison et 45.000 euros d'amende pour non-dénonciation de crime.

Marion Dubreuil