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Faut-il interdire l’utilisation des lanceurs de balles de défense? Ça fait débat sur RMC

Ces armes non létales utilisées lors des manifestations sont impliquées dans 48 enquêtes pour blessures depuis le début du mouvement des "gilets jaunes" et des lycéens contre la réforme du bac.

Le Défenseur des droits a déjà demandé leur retrait. 200 personnalités, dont plusieurs députés de gauche, militent aussi pour une interdiction immédiate de ces lanceurs de balles de défense (LDB).

LBD, lanceur de balle de défense, c'est un fusil d’épaule qui projette des balles semi-rigide. Une partie en mousse, l’autre en plastique dur. Calibre 40 millimètres. Grâce au viseur électronique, les LBD sont capables d’atteindre une cible à plus de 50 mètres. Ils sont donc plus précis, mais aussi plus puissants que les flashballs qui sont interdits en France depuis février 2018.

On compte aujourd’hui 4.000 LBD en France, fabriqués par l’entreprise suisse B&T. 1.280 nouveaux exemplaires ont été commandés. Ils sont utilisés par les policiers et les gendarmes. Une formation est obligatoire. Un certificat d’aptitude délivré. Il faut viser le torse, les bras et les jambes, jamais le visage. Et l’utiliser en situation de légitime défense.

Un équipement indispensable pour Eddy Sid, délégué SGP-Police Paris:

"C'est une arme qui, aujourd'hui, est totalement nécessaire. C'est une arme non-létale et dans bien des cas, ça permet à mes collègues de sortir de situations inextricables et de ne pas faire usage de leur arme à feu. C'est un moyen qui permet de pouvoir maintenir des individus à distance et de neutraliser potentiellement des individus ne voulant qu'en découdre".

"Un usage manifestement disproportionné de ces armes"

Le problème, pour le Défenseur des droits, c’est que, dans les manifestations, les gens bougent. Le point visé n’est donc pas toujours le point touché par ces LBD. Et si elles ne tuent pas, ces armes peuvent blesser pour la vie. A l’œil, à la mâchoire… Arié Alimi est avocat à la Ligue des droits de l’homme. Il demande le retrait immédiat des lanceurs de balles de défense:

"A partir du moment où le ministère de la Défense a connaissance des dégâts que peut provoquer une telle arme, il est vraiment inconséquent de recommander des armes et de les laisser dans l'armement des forces de l'ordre. Il y a eu beaucoup d'énucléation, une perte d'œil, du fait de l'usage des LBD. Aujourd'hui, on fait un usage de ces armes qui est manifestement disproportionné par rapport à ce que l'on attend du maintien de l'ordre".

En décembre, la Cour européenne des droits de l’homme a rejeté une requête de manifestants qui demandaient le retrait en urgence des LBD.

Matthieu Rouault (avec P.B.)