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"Il faut que les politiques arrêtent d’être en décalage avec la société": pourquoi la droite s'empare-t-elle du sujet de la légalisation du cannabis?

Plusieurs élus de droite veulent une réflexion sur le cannabis afin d'endiguer le trafic devant le constat que l'Etat est incapable d'agir. S'ils n'ont pas encore de plan, ils estiment qu'il faut que les élus "arrêtent d'être en décalage avec la société".

La droite a-t-elle senti le vent tourner et choisi de prendre le train en marche? Sujet phare de la gauche et notamment des écolos, la perspective d'une légalisation du cannabis s'invite de l'autre côté de l'échiquier politique, traditionnellement opposé à la moindre dépénalisation de l'herbe. Ainsi des élus de la droite et du centre souhaiteraient désormais plus de contrôle sur le marché, seul moyen selon eux d'endiguer un fléau sécuritaire et sanitaire.

Eux-mêmes se sont surnommés les "canna-maires". Ces élus, pour la plupart des maires donc, constatent que "la situation s’aggrave", dans le pays le plus répressif d’Europe en la matière, qui compte paradoxalement le plus grand nombre de consommateurs de cannabis: "Je suis d’une droite attachée à l’ordre et la sécurité. Mais je constate l’impuissance de l’Etat à faire respecter la loi et à lutter contre les trafics de stupéfiant. Nous ne sommes cependant pas pour la dépénalisation mais pour une sorte de régulation qui permettrait de reprendre la main sur les trafics et la demande qui est exponentielle", assure sur RMC Robin Réda, député LR de l’Essonne.

Pour remédier au problème que l’Etat n’arrive pas à endiguer, les "cannas-maires" militent d’abord pour un débat et avouent ne pas avoir de projet particulier : "Il faut que les politiques s’emparent aussi du débat et arrêtent d’être en décalage avec la société". Pour avoir un début de piste sur la méthode à appliquer, les "cannas-maires" regardent d’abord à l’étranger. "Il y a le modèle de la dépénalisation, le modèle hollandais, que je récuse. C’est tolérer la production du marché noir et la consommation de produits issus de ce marché. Il y a ensuite la légalisation dite "libertaire", que prône la gauche depuis des années", qui entend laisser les particuliers cultiver chez eux, sur le modèle du "chacun fait ce qui veut".

Un projet encore au stade de réflexion

"Il y a enfin le modèle de la régulation, qui est un modèle sécuritaire que la droite peut engager. Cela consiste en la prise de contrôle par l’Etat comme on l’a fait sur le tabac et l’alcool d’un produit qui a envahi nos territoires et qui est produit et distribué de manière illégale, sauvage et dangereuse. Il ne s’agit à aucun moment d’encourager la consommation de produits stupéfiants. Sans outils régulateurs on continuera d’avoir une économie parallèle très forte qui touche toutes les classes d’âge et les catégories sociales", plaide Robin Réda.

Un projet toujours au stade de la réflexion qui ne risque pas de convaincre à la tête de l'Etat où l'on reste fermement opposé à la moindre dépénalisation: "C’est une lâcheté intellectuelle", assurait en septembre sur RMC à propos de la légalisation en septembre sur RMC le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin. "La drogue est la responsable de dizaines de milliers d’accidents de la route, de cambriolage et d’homicide parce qu’il faut de l’argent pour se payer sa dose. Consommer de la drogue c’est de la merde et c’est grave", ajoutait le ministre issu de la droite.

Si la France est le premier consommateur de cannabis de l’Union européenne, le pays est aussi l’un des plus sévères en matière de répression, en comparaison avec ses voisins. Selon les estimations du cercle de réflexion Terra Nova, la simple dépénalisation du cannabis pourrait permettre d'économiser 300 millions d'euros avec la baisse des coûts de la répression. Et les recettes fiscales avec la légalisation permettraient à l'Etat d'engranger entre 1,7 et 2,2 milliards d'euros.

Guillaume Dussourt