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Il faut supprimer les statistiques de la délinquance

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h20 sur RMC.

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Le ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, a déclenché une polémique en annonçant hier mardi une baisse de la délinquance. L’opposition l’accuse de « maquiller les chiffres ». Un débat inutile…

Supprimer les statistiques de la délinquance, c’est la seule solution pour éviter ces affrontements sempiternels qui ont pour seul effet de convaincre tout le monde que les chiffres officiels sont faux. Le recensement des délits et des crimes est public depuis 1972 et il a toujours suscité les mêmes controverses : le gouvernement qui annonce une diminution des infractions est soupçonné de truquer les chiffres ; et celui qui admet une aggravation est présenté comme incapable. Le résultat, c’est que l’opinion retient de toute façon ce qui va mal – et les médias aussi, c’est leur fonctionnement : c’est le cas de la hausse du nombre de cambriolages cette année. Et le ministre, lui, insiste sur ce qui va mieux, mais dans le brouhaha des contestations et des relativisations, il est inaudible. Je ne vois pas l’intérêt de continuer.

Mais ces fameux chiffres, est-ce qu’ils sont vraiment faux ?

Ils ne sont pas faux mais menteurs. Ils donnent une apparence de rigueur scientifique à ce qui n’en a pas. Les statistiques dont nous parlons ne portent que sur les délits signalés à la police et à la gendarmerie, à condition qu’ils aient été consignés par écrit. Et encore pas tous : les délits routiers n’y figurent pas ; mais les pensions alimentaires impayées, oui. Donc l’ensemble ne peut pas donner une vision sincère de l’insécurité. Encore moins une mesure de l’efficacité policière. Par exemple, si on crée un poste de police dans un quartier, il y aura mécaniquement plus de plaintes déposées – donc une hausse des chiffres de la délinquance à cet endroit. C’est absurde ! A l’inverse, si les agents dissuadent les victimes de déposer plainte pour certains petits vols pare que les assurances ne remboursent pas, le chiffre va baisser.

L’un des reproches faits à Nicolas Sarkozy, c’est d’avoir imposé à la police une obsession du chiffre. Est-ce que c’est une critique qui vous paraît fondée ?

Oui, à condition de rappeler qu’au départ, c’est la culture du résultat qu’il voulait imposer, et que la grande majorité des Français y était favorable. Alors comme il a fait de la sécurité une de ses priorités, il n’est pas illégitime de reprocher au président de la République d’avoir globalement échoué. Mais pas plus que ses prédécesseurs. La vraie question, c’est de savoir si c’est avec des chiffres et des tableaux qu’on mesure l’efficacité d’une politique. Que l’administration les utilise comme points de repère, soit. Mais leur publication fausse tout. Elle condamne les ministres à des effets d’annonce auxquels personne ne croit. Elle donne, à tort, l’impression que tout est quantifiable. Elle crée une sorte de dépendance, pour le pouvoir comme pour les citoyens. Tout le monde gagnerait à en sortir.

Mais est-ce qu’on ne reprocherait pas au gouvernement de vouloir cacher les chiffres s’ils n’étaient plus publiés ?

Sûrement, mais au fond, cela changerait quoi ? Il n’y aurait pas plus de fantasme sans les statistiques qu’il n’y en a avec. Avant Nicolas Sarkozy, les statistiques n’étaient publiées qu’une fois par an ; c’est lui qui a voulu qu’elles soient présentées une fois par mois, au risque d’hystériser le débat sur la sécurité. On pourrait revenir à la situation antérieure. Et demander au Parlement une évaluation annuelle. Ce serait plus démocratique, moins obsédant. Et ça écarterait la tentation permanente de croire que tous nos maux peuvent être résolus par des chiffres.

Pour écouter le "Parti Pris" d'Hervé Gattegno de ce mercredi 18 Janvier 2012, cliquez ici.

Hervé Gattegno