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"Il se fait passer pour un petit pépé qui a oublié" accuse une victime de l'ex-père Preynat après ses aveux

L'ancien prêtre pédophile soupçonné d'attouchements sur 10 jeunes garçons a reconnu avoir abusé quasiment tous les week-ends des enfants qu'il avait sous sa protection, dans les années 70, 80 et 90 dans le diocèse de Lyon.

Dans ses habits sombres, Bernard Preynat se répète à la barre, au fil des témoignages : "Oui je reconnais l'avoir caressé (...), et je le regrette (...). Je savais que c'était interdit mais je ne pensais pas aux conséquences de ces actes (...)".

Les conséquences sur François, 5 de moyenne pendant toute sa scolarité, des tentatives de suicide et pour qui ce procès est comme une thérapie familiale. Sur Benoit, qui ne veut pas avoir d'enfants, ou encore sur cet homme qui ne peut pas aller chez le coiffeur car il ne supporte plus qu'on lui touche l'épaule.

L'ancien prêtre à la carrure imposante évoque ce qui était pour lui à l'époque de la tendresse, un plaisir sexuel assouvi chaque week-end ou lors de camps scouts, soit entre 2 et 5 victimes par semaine. Ses proies étaient des scouts âgés de 7 à 15 ans à l'époque des faits, sous l'emprise de ce prêtre imposant, charismatique, adulé par les parents et les enfants eux-mêmes.

"Pour moi, à l'époque je ne commettais pas d'agressions sexuelles mais des caresses, des câlins. Je me trompais. Ce qui me l'a fait comprendre, ce sont les accusations des victimes", se défend l'ancien prêtre de 74 ans à son procès pour des agressions pédophiles commises entre 1971 et 1991, alors qu'il officiait comme vicaire-aumônier scout à Sainte-Foy-Lès-Lyon (Rhône). Mais il a aussi dit ne pas se souvenir de faits détaillés ou plus graves.

"Il est dans une posture fuyante"

Il explique qu'il arrête les attouchements à partir de 1991, par honte mais aussi par peur. Ce mardi, une victime a enlevé son foulard de scout devant le tribunal. Comme pour se libérer de l'emprise du père Preynat, enfin, 30 ans après les faits. Cet homme c'est Pierre-Emmanuel Germain-Thill:

"Je n'attendais rien de lui parce qu'il est dans une posture fuyante. Il confirme des choses sans tout confirmer. Il noie le poisson. Il se fait passer pour un petit pépé qui a oublié mais comme lui a signifié la procureure, il n'empêche qu'en audition quand il était confronté à une victime il était capable de citer des noms de gens violés bien avant lui. Il biaise et on le voit. Il a le regard qui part à droite à gauche, il y a beaucoup de jeu d'acteur".

Mardi après-midi, d'autres victimes doivent témoigner. L'une d'entre elles, Benoit P., a demandé un huis clos partiel avant la reprise de l'audience publique. Dix parties civiles, sur 35 victimes entendues pendant l'enquête, sont constituées au procès, beaucoup de faits étant frappés de prescription.

L'ex-curé, réduit à l'état laïc au terme de son procès canonique l'été dernier, encourt jusqu'à 10 ans d'emprisonnement.

Gwenaël Windrestin