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Ingrid Brinsolaro dans les locaux de Charlie Hebdo: "On les imagine là, tous abattus"

Ingrid Brinsolaro, la veuve du garde du corps de Charb, tué avec le dessinateur dans l'attentat contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015, est retournée mardi dans les anciens locaux du journal satirique. Une épreuve pour cette femme qui avoue "revivre en boucle" cette journée tragique.

Son nom est inscrit sur la plaque commémorative apposée mardi sur l'immeuble des locaux de Charlie Hebdo, aux côtés notamment de Cabu, Tignous, Wolinski et de Charb, celui qu'il était chargé de protéger. Frank Brinsolaro, membre du service de protection des personnalités (SDLP) et garde du corps de Charb, a été tué au côté du dessinateur dans la rédaction du journal satirique le 7 janvier, par les frères Kouachi. Sa femme, Ingrid, était présente mardi à la cérémonie d'hommage. Et pour la première fois, avec les autres familles de victimes, elle est entrée dans les anciens locaux de Charlie Hebdo.

"C'est vide, c'est glaçant"

Au deuxième étage de cet immeuble où son mari Frank Brinsolaro a été abattu froidement par les frères Kouachi, tout a été refait. "Les sols sont refaits, les murs sont refaits, constate-t-elle au micro d'RMC. C'est vide, c'est glaçant. On les imagine là, tous abattus". Revenir ici, "c'est douloureux", souffle-t-elle d'une petite voix.

Pendant un an, Ingrid Brinsolaro s'est réfugiée avec May, leur fille de 2 ans, dans la maison de l'Eure qu'elle avait achetée avec Frank. Il espérait y passer sa retraite, dans cinq ans, avec elle et leur fille. Un an après l'attentat, la veuve n'arrive pas à calmer sa douleur. "Je revis cette journée en boucle. C'est comme si je n'avais jamais dormi et que je n'étais pas passée au lendemain du 7 janvier. J'ai juste la force de reprendre une espèce de quotidien". Ingrid Brinsolaro n'a d'ailleurs toujours pas pu reprendre son travail de journaliste, parce qu'elle n'arrive plus à se concentrer, à trouver les mots, dit-elle.

"J'ai juste la force de reprendre une espèce de quotidien"

En début de semaine, Ingrid Brinsolaro a déposé une plainte contre X pour homicide involontaire. Une plainte pour répondre aux nombreuses questions qu'elle se pose, et notamment pourquoi son mari était seul pour protéger Charb, menacé de mort, et qui ne bénéficiait que d'une protection allégée. Pas de volonté de polémiquer, mais seulement de comprendre comment son mari a pu être abattu en plein Paris. "12 mois après, cette question est encore là. Il n'y a pas de colère, je veux juste savoir. Comment est-ce que mon mari peut se retrouver seul pour la protection d'un homme menacé de mort ?".

Seulement deux policiers du SDLP étaient alternativement chargés d'assurer la sécurité du caricaturiste 24 heures sur 24. Et pourtant, Charb était encore dans la liste d'Al-Qaïda des 10 personnalités à abattre (liste publiée dans son magazine en anglais Inspire). Frank Brinsolaro s'en était d'ailleurs inquiété auprès de sa femme, avant le drame.

Un combat pour sa fille, May

Mardi, le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, a toutefois rejeté toute idée de faille dans la sécurité. "Il y avait une protection avec des gardes statiques" de policiers depuis plusieurs années, a-t-il déclaré. "Puis, pour des raisons qui tenaient au fait que les terroristes avaient indiqué vouloir prendre des militaires ou policiers pour cibles, nous avions pris la décision, pour des raisons de sécurité", d'y "substituer des gardes dynamiques", c'est-à-dire plus mouvants. Maryse Wolinski, la femme du dessinateur a également reconnu que la sécurisation des locaux, sur les conseils de la préfecture de Paris, n'avaient pu être faite faute de moyens. "Mon mari m'expliquait que c'était une passoire", raconte d'ailleurs Ingrid Brinsolaro, ce mercredi chez Jean-Jacques Bourdin.

Ingrid Brinsolaro veut en tout cas mener ce combat jusqu'au bout. Un combat pour sa fille May, qu'elle amènera bientôt se recueillir devant la plaque où est désormais gravé le nom de son père.

Philippe Gril avec Céline Martelet