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"Je suis habitué aux scènes de crime, ça, c'est une scène de guerre": le carnage des terrasses en images au procès du 13-Novembre

Des images et vidéos des attaques des terrasses ont été diffusées jeudi au procès des attentats du 13 novembre 2015.

Quelque 120 cartouches tirées en deux minutes trente, 13 morts. Au procès du 13-Novembre, un enquêteur ému a raconté jeudi son arrivée sur les terrasses mitraillées par le commando jihadiste, lors du septième jour du procès fleuve.

Après des provocations de la part de Salah Abdeslam, encore un moment douloureux: l'étude des scènes de crime a débuté. Photos et vidéos des explosions du stade de France mais aussi des fusillades des terrasses du Petit Cambodge, du Carillon, de la Bonne Bière et de la Casa Nostra ont été diffusées sur l'écran géant placé, derrière la cour s'affiche une photo. 

Ce vendredi, il est prévu de visionner les photos de l’intérieur du Bataclan et d’entendre, les 30 premières secondes de l’attaque à travers un enregistrement audio du concert.

Le visionnage a commencé par les terrasses des bars autour du Bataclan. Trois terroristes armés de Kalachnikov, une foule attablée aux terrasses, des rafales, des balles qui ricochent dans des gerbes d'étincelles, et des dizaines de personnes qui s’écroulent.

"J’ai 36 impacts de balles sur une même victime. Je vous laisse les qualifier vous même"

Les photos et vidéos sont dures à regarder. Juste avant de les diffuser, le président de la cour demande aux psychologues, "si tout est en place". Ces derniers se postent dans les allées de la salle, face au public, prêt à intervenir si quelqu’un se sent mal.

Le président demande si certains veulent quitter la salle. Sur les bancs des parties civiles, personne ne se lève. Sur ces 30 secondes d'images, on voit des éclats lumineux qui semblent faire sauter les tables de la terrasse. Des corps sont projetés au sol, certains s'enfuient. Un homme est poursuivi par les balles. Fin de la vidéo, la salle reste muette de longues secondes.

Un dispositif nécessaire tant ces images nous font revivre en direct cette nuit d’horreur. Et c'est difficile même pour les trois enquêteurs venus décrypter les scènes. Pourtant ils sont aguerris mais: "Je suis habitué aux scènes de crime, ça c’est une scène de guerre", dit l’un d’eux.

Leur voix est hésitante, empreinte d'émotion, et parfois la colère remplace la tristesse, comme quand un avocat demande au policier de qualifier ces actes, il répond amer: "J’ai 36 impacts de balles sur une même victime. Je vous laisse les qualifier vous même". 

Et de confier: "Ils resteront tout le temps dans ma mémoire".

Plus tôt dans la journée, un premier enquêteur était venu raconter l'attaque du Stade France, où est décédée la première victime des attentats qui ont fait 130 morts à Paris et Saint-Denis. Plusieurs centaines d'écrous projetés par l'explosion des trois kamikazes seront retrouvés sur place, parfois "jusqu'à 50 mètres de l'épicentre de l'explosion", précise dit l'enquêteur. Onze seront prélevés sur le corps de la victime, Manuel Colaço Dias, 63 ans.

Vendredi, la cour entendra les enquêteurs qui ont fait les constations au Bataclan, où 90 personnes ont trouvé la mort. 

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Maxime Brandstaetter (avec J.A.)