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"Je voulais lui faire peur": quatre mois ferme requis contre un septuagénaire après une violente agression raciste à Dole

EN VIDEO - Un homme de 72 ans a été jugé pour "violences volontaires avec arme et injures racistes" après avoir tenté d’écraser avec sa voiture un homme d'origine maghrébine alors que ce dernier lui demandait de cesser de prendre ses enfants en photo.

Le procureur de Lons-le-Saunier a requis mardi une peine de six mois d'emprisonnement, dont deux mois avec sursis, à l'encontre d'un homme de 72 ans poursuivi pour avoir foncé en voiture sur un père de famille après l'avoir traité de "sale bicot", en avril à Dole (Jura). Le tribunal correctionnel rendra sa décision le 6 juillet à 8h30.

Un moteur hurlant, un choc terrible et des cris de femme, d'enfants: la vidéo glaçante de l'agression d'Adil Sefrioui, filmée par son épouse et partagée sur les réseaux sociaux, a été diffusée mardi lors de l'audience devant le tribunal correctionnel de Lons-le-Saunier.

Le 21 avril à Dole, les époux Sefrioui sont chez eux lorsqu'ils aperçoivent un homme qui semble prendre des photos de leurs enfants dans le jardin. Suspicieux, le couple cherche à obtenir des explications. Une altercation verbale, puis physique s'ensuit. "Approche sale bicot, (...) tiens amène-toi devant la bagnole", râle le retraité avant de remonter dans sa voiture, de démarrer et de partir.

Mais la voiture fait demi-tour pour foncer sur M. Sefrioui. Le père de famille, toujours très éprouvé, a souffert de plusieurs fractures et a bénéficié d'une interruption temporaire de travail (ITT) de 30 jours. 

"Oui, c'est dégueulasse, c'est raciste"

Il s'agit de faits "particulièrement graves", "il y a une volonté de toucher à son intégrité physique", a noté le procureur de la République Lionel Pascal, qui a néanmoins estimé que le retraité a été "pris à parti" par le couple.

Le conducteur de la voiture, qui ne s'est pas déplacé à l'audience, était poursuivi pour "violences volontaires avec arme et injures racistes", au grand dam de la défense qui réclamait une instruction pour "tentative d'homicide".

"La colère m'a pris, j'ai fait demi-tour. Je voulais lui faire peur. Sous le coup de la colère, on fait des bêtises", avait expliqué le retraité devant les policiers, affirmant avoir perdu le contrôle du véhicule.

Pour son avocat, Me David De Stefano, "sa réaction n'est que la conséquence de l'agression et des insultes qu'il a subies" avant de prendre sa voiture et qui n'ont pas été filmées. Selon son deuxième conseil, Me Damien Varlet, le vieil homme a été "insulté, frappé". "Oui, le terme ("bicot") qu'il a employé, c'est dégueulasse, c'est raciste, mais ce n'est que la conséquence de ce qu'il a subi".

Les avocats de M. Sefrioui, Me Randall Schwerdorffer et Jules Briquet, ont fustigé l'absence du prévenu à son procès, et réclamé en vain un mandat d'amener. Les associations parties civiles - la Licra, SOS racisme et la Coordination contre le racisme et l'islamophobie - ont dénoncé un "traitement communautaire" du dossier.

"On ne peut pas expliquer au peuple français et aux enfants de M. Sefrioui que foncer en voiture sur quelqu'un ce n'est pas si grave que ça", a plaidé Me Briquet.

Adil Sefrioui comparaissait à la même audience pour injures, violences légères et dégradations. Une peine d'amende a été requise à son encontre. Les deux hommes étaient inconnus des services de police.

La rédaction de RMC avec AFP