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L'état d'urgence, un mois après: "On nous demande d'ouvrir les cartables des enfants"

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Cela fait un mois que l'état d'urgence a été décrété, juste après les attentats de Paris et de Saint-Denis. La sécurité des lieux publics a été considérablement renforcée. Illustration dans une école maternelle du Rhône, où les contrôles des parents et des enfants divisent, certaines familles dénonçant un zèle sécuritaire.

Voilà un mois que la France est sous le régime de l'état d'urgence, décrété par François Hollande quelques heures après les attentats de Paris et de Saint-Denis, le 13 novembre dernier. Depuis son application, "il y a eu 2.575 perquisitions administratives qui ont donné lieu à 311 interpellations, 273 gardes à vue, 453 procédures judiciaires, la saisie de 403 armes dont 39 armes de guerre et 202 découvertes de produits stupéfiants", a énuméré le Premier ministre Manuel Valls, ce vendredi.

L'état d'urgence permet aussi d'appliquer des consignes de sécurité très strictes dans les centres commerciaux, les concerts, mais aussi aux abords des écoles. Ce qui aboutit parfois à des situations assez étonnantes. Exemple à Saint Germain au Mont d'Or, près de Lyon, où la mairie a décidé de contrôler les parents, mais aussi… les enfants à l'entrée de l'école maternelle.

"Ouvrir les sacs tous les jours, quatre fois par jour…"

Depuis un mois, tous les matins, c'est le même rituel pour Aurélie et sa fille de 4 ans à leur arrivée à l'école maternelle : "J'ouvre mon blouson, et j'ouvre le cartable de ma fille à deux poches. Donc j'ouvre la grande, et j'ouvre la petite". Un agent municipal demande en effet à tous les parents d'ouvrir les vestes et les sacs s'ils veulent accompagner leurs enfants dans l'établissement. Et la mesure fait débat devant le portail de l'école. "C'est du n'importe quoi, s'emporte cette maman. Moi je refuse tous les jours de rentrer dans l'école jusqu'à ce qu'on amène les enfants à la sortie. Qu'on demande à quelqu'un qu'on ne voit pas habituellement, ça paraît logique. Mais là, quatre fois par jour, tous les jours, c'est totalement disproportionné".

Ce qui n'est pas l'avis de cette autre maman, qui met en avant la sécurité des enfants. "Partout où l'on va, au centre commercial, quand on va voir un concert ou un match de foot, on nous demande d'ouvrir notre sac. Alors qu'on nous le demande devant une école, je ne vois pas où est le problème puisque c'est pour la sécurité de nos enfants".

"Nous sommes tous supposés le faire"

Le maire lui se défend. C'est l'application pure et simple d'une consigne de l'Education nationale selon Renaud George. "Le contrôle visuel des sacs est imposé par le ministère de l'Education nationale, donc nous sommes tous normalement supposés le faire". Il précise toutefois "avoir rajouté le contrôle visuel des manteaux, mais exclusivement pour les adultes", rejetant ainsi les accusations de zèle, soutenu en ce sens par l'équipe municipale. Mais pour Aurélie, la mesure n'a pas eu l'effet désiré, au contraire même. "Elle est vaine, car elle n'a pas rassuré. J'ai vu autour de moi plus d'anxiété que de la sérénité. Ça produit de l'anxiété chez les enfants, ça c'est sûr".

Philippe Gril avec Gwenaël Windrestin