RMC

L'IGPN accusée d'être juge et partie: faut-il y rajouter avocats, journalistes et chercheurs indépendants?

Après les images choc d'un passage à tabac commis par des policiers, l'IGPN est saisie d'une enquête mais est accusée de manque d'indépendance depuis de nombreuses années. Faut-il réformer l'institution?

La garde à vue des quatre policiers interrogés dans l'enquête sur le passage à tabac la semaine dernière de Michel Zecler, un producteur de musique, a été prolongée de 24 heures. Les quatre policiers, suspendus jeudi de leurs fonctions, font l'objet d’une enquête pour "violences" et "faux en écriture publique". Ils sont notamment entendus pour "violences volontaires, en réunion, avec arme et à caractère raciste". Une seconde vidéo diffusée vendredi, montre que Michel Zecler a également été roué de coups dans la rue par l'un des trois policiers.

Après cette affaire qui a particulièrement choqué l'opinion, Emmanuel Macron a demandé vendredi soir, dans un message publié sur Facebook, au gouvernement de lui faire "rapidement des propositions pour réaffirmer le lien de confiance qui doit naturellement exister entre les Français et ceux qui les protègent".

Parmi les pistes envisagées par l'exécutif, plusieurs chantiers: la lutte contre le racisme dans la police, la formation des policiers, de nouveaux recrutements. Mais aussi la réforme de l'IGPN, l'inspection générale de la police nationale, la police des polices.

"L'IGPN doit avoir une partie d'indépendance de la police", selon un député de la majorité

L'IGPN est souvent accusée de laxisme, notamment en raison de sa dépendance au ministère de l'Intérieur. Une institution devenue le symbole du malaise autour de la police. "C'est une véritable mascarade, il faut le dire", lance le député insoumis Adrien Quatennens. "C'est une instance au sein de laquelle des policiers décident entre policiers du sort des policiers."

Beaucoup accusent l'IGPN d'être juge et partie. Même au sein de la majorité des doutes sont émis comme chez le marcheur Bruno Bonnell:

"L'IGPN doit avoir une partie d'indépendance de la police. Je crois que si on ajoutait des ingrédients d'objectivé ça permettrait certainement de clarifier la situation."

Prendre l'exemple anglais?

Piste envisagée par l'exécutif: l'ouvrir à des avocats, des journalistes ou des chercheurs. Un modèle qui déjà mis en place ailleurs en Europe, comme l'explique Jean-Michel Schlosser, ancien policier devenu sociologue.

"Ouvrir un petit peu la boîte à d'autres personnes ça permettrait de faire qu'il n'y ait plus de suspicion d'enterrement des affaires. Il semblerait qu'en Angleterre ça porte ses fruits. Ca semble bien accepté par l'institution policière et également par les citoyens."

Mais ses défenseurs mettent en avant l'expertise de l'IGPN qui, l'année dernière, a mené 1.460 enquêtes et a prononcé 39 révocations de policiers. 

Paul Barcelonne (avec J.A.)