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Le combat de ce père contre l'irresponsabilité pénale: "Devant la loi, il n'y a pas d'assassinat, alors de quoi est morte ma fille?"

L'Assemblée nationale aborde ce mardi un projet de loi qui retouche le régime d'irresponsabilité pénale. Une "insulte" selon Christian Stawoski dont la fille a été assassinée en 1998 par un septuagénaire déclaré pénalement irresponsable.

Ce mardi, les députés se penchent sur le sujet de l'irresponsabilité pénale. C'est une commande en avril du chef de l'Etat, après la vive émotion face à l'absence de procès dans l'affaire Sarah Halimi, sexagénaire juive tuée par un voisin, consommateur de cannabis, en proie à une "bouffée délirante", selon les experts psychiatres, et déclaré irresponsable.

Pour y répondre, le gouvernement maintient la règle générale selon laquelle "on ne juge pas les fous" mais ajoute deux exceptions. Il s'agit d'abord de réprimer le fait pour une personne d'avoir consommé des produits psychoactifs, comme des stupéfiants ou de l'alcool, en sachant que cela pouvait la conduire à des violences ou un homicide dont elle a été déclarée irresponsable.

Ainsi "il ne s'agit pas de réprimer l'acte commis mais l'absorption volontaire de psychotropes", résume le garde des Sceaux, qui assure avoir "largement consulté" et pris "d'infinies précautions".

"Nous les victimes, on ne vit qu'avec des hypothèses"

Pour Christian Stawoski, "c'est une insulte". Depuis 23 ans, il se bat pour faire réformer la question de l'irresponsabilité pénale avec son association "Delphine Cendrine". Sa fille, Cendrine, a été tuée dans son salon de coiffure en 1998 par un déséquilibré déclaré pénalement irresponsable. Et qui ne sera donc jamais jugé.

"Devant la loi, il n'y a pas d'assassinat, alors de quoi est morte ma fille? (…) Le pire est qu'il n'y a pas de procès, on n'a rien, on n'a pas d'explications, on ne sait pas les choses. On me demande ce que faisait l'assassin de ma fille avant. Mais on ne sait pas, il n'y a pas d'enquête. Nous les victimes, on ne vit qu'avec des hypothèses".

"Ce qui est choquant dans la proposition de M. Dupond-Moretti, c'est qu'il veut juger ces personnes pour avoir pris de l'alcool ou de l'alcool, pas pour meurtre. Imaginez les parties civiles qui vont être là assister à des débats sur la consommation d'alcool ou de drogue d'une personne", s'est-il indigné sur RMC.

"Depuis 1998, il y a eu 5.700 morts par des personnes jugées irresponsables", a-t-il estimé.

Les déclarations d'irresponsabilité pénale restent peu nombreuses en France: 58 cas en 2019, 80 en 2018 et 68 en 2017, selon la Chancellerie.

P.B.