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Les attentats nuisent au tourisme? "Il faut absolument arrêter cette image de France en état de guerre"

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Jean-Marc Ayraut réunit mardi un deuxième comité d’urgence économique sur le tourisme, alors que la menace terroriste pèse lourdement sur cette industrie en France. C’est encore plus vrai à Paris où les hôteliers n’ont toujours pas vu revenir leurs clients habituels

Jean-Louis Lesur, patron du Carlton’s Montmartre.

"Les chiffres ont commencé à devenir compliqué à partir du 13 novembre. On a une centaine de chambres à Montmartre, la clientèle est touristique à 80%. Ce sont principalement des groupes. Ça a commencé à s’annuler, s’annuler, s’annuler… Dans les contrats d’agence, il y a toujours des clauses de rapatriement. Et une des exceptions au rapatriement, c’est «état de guerre». Et pour les étrangers «état d’urgence = état de guerre». Donc les agences ne peuvent plus assurer leur client quand ils viennent en France. Le marché s’est arrêté.

Entre le 15 juillet et fin août, d’habitude on est à 50% de remplissage. Cette année on est à 25%. D’octobre à fin septembre, on a perdu 30% de notre chiffre d’affaire. On a eu pratiquement aucun groupe, et ils ne reviennent pas en septembre - octobre puisqu’on est toujours en état d’urgence. Il faut absolument arrêter cette image de France en état de guerre: ça paralyse tout le tourisme. Comment on continue ?

"On n’a pratiquement plus de groupe allemand depuis décembre"

Notre clientèle vient principalement d’Allemagne et d’Europe du nord. On n’a pratiquement plus de groupes allemands depuis décembre. Les gens qui annulent juste parce qu’ils ont peur c’était au début. C’est un climat global qui fait que s’ils veulent venir, c’est à la dernière minute. Ils regardent s’il n’y a pas un attentat dans les 10 jours avant et puis ils réservent. Mais ce ne sont pas des groupes.

C’est l’image de marque qu’il faut changer. Et l’état d’urgence y contribue de manière super négative. Attention, je ne suis pas contre les mesures de sécurité du gouvernement, il les faut. Mais c’est comment on l’explique à l’extérieur… Il y a sûrement un gros problème de communication. Après le 11 septembre à New York, ils n’ont pas mis l’état d’urgence pendant un an! Ca commence par là: dire ‘’la France n’est plus en guerre, vous pouvez revenir’’.

"A l’étranger, on a l’impression que la France est en guerre"

Ceux qui viennent voient d’eux-mêmes que c’est super calme. Mais ceux qui sont à l’étranger ont l’impression que la France est en guerre. Plusieurs fois par semaines on a des agences qui nous le disent depuis le mois de mars et ils continuent à nous le dire: on ne commercialise pas Paris. Ils mettent d’autres destinations: plus d’Espagne, d’Italie. Ou en France, ils évitent Paris et vont directement au Mont-Saint-Michel ou dans les châteaux de la Loire.

Je pense que ça va reprendre en 2018, je ne suis pas complètement négatif. Et ça peut même reprendre en février - mars. Mais ça fait toujours six ou huit mois à tirer la langue. Il y a des hôtels qui ferment des étages carrément. Nous on a fait deux licenciements économiques. Vu le taux de remplissage on n’a pas besoin d’avoir du personnel qui n’a pas de travail. Il faut bien boucler le budget. On n’espère même pas compenser, on essaie de sauver les meubles."

Propos recueillis par AM