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"Les éducateurs ont des limites": faut-il ouvrir des centres militaires pour délinquants?

En déplacement à Mayotte, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a annoncé vouloir créer des centres de rééducation pour délinquants, encadrés par des militaires.

Gérald Darmanin veut sévir contre la délinquance. En déplacement à Mayotte, le ministre de l’Intérieur a annoncé vouloir créer un lieu de rééducation et de redressement dans le département. Un lieu dédié aux mineurs délinquants et encadré par des militaires, évoquant une proposition de campagne d’Emmanuel Macron.

Le résident de la place Beauvau espère ainsi "rééduquer et faire la sanction", en commençant l’expérimentation à Mayotte donc, le département français le plus en proie à la délinquance.

"Quand il faut rattraper des jeunes qui basculent, il faut les récupérer et un encadrement militaire n’est pas forcément une mauvaise chose", estime ce mercredi sur le plateau des "Grandes Gueules", sur RMC, l’avocat Charles Consigny.

"J’ai vu des éducateurs se faire insulter et frapper par des jeunes"

Une position partagée par Hervé, un auditeur RMC des Bouches-du-Rhône, placé en maison d’enfants à l’âge de 5 ans, puis en foyer et incarcéré pendant dix ans. "On est obligé de passer par là parce qu’à un moment, il n’y a plus de respect. Je pense que les éducateurs ont des limites. J’ai vu des éducateurs se faire insulter et frapper par des jeunes", témoigne-t-il.

"On les avertit, une fois, deux fois. La troisième fois, on les met dehors et c’est là où ça part en vrille. J’ai fait dix ans de prison et les détenus sont de plus en plus jeunes".

Avant de se retrouver en prison ou devant un tribunal, ça ne peut pas être une mauvaise chose de passer par des structures militaires. Autant créer des centres comme ça et si on en sauve 10 sur 100, on en aura sauvé 10", plaide Hervé.

"On peut y arriver mais pas par la sanction ou l’obligation"

Marc, un auditeur du Var de 66 ans, raconte avoir subi des violences dans des IPES, les institutions publiques d’éducation surveillées, des maisons de correction des années 70: "On prend des coups, on se retrouve dans un monde de violence et on devient violent", raconte-t-il.

"Je suis allé en centrale pour mineurs mais j’ai eu une chance énorme, c’est que des éducateurs m’ont aidé, m’ont tendu la main. Des gendarmes sont venus me voir en détention et m’ont aidé m’ont dirigé vers la légion. J’y ai passé 20 ans. On peut y arriver mais pas par la sanction ou l’obligation. Sinon, on va droit dans le mur", ajoute Marc.

Une position que partage l’éducateur Etienne Liébig: "Plus on est dur avec des adolescents, plus automatiquement on crée de l’opposition", prévient-il, plaidant pour le volontariat.

Guillaume Dussourt