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Les médias doivent-ils continuer à diffuser les noms et les photos des terroristes?

BFMTV et RMC ont décidé de ne plus diffuser les photos d'auteurs d'attentat

BFMTV et RMC ont décidé de ne plus diffuser les photos d'auteurs d'attentat - -

DEBAT – La publication des noms et des photos des auteurs d'attentats participe-t-elle à leur glorification? Le débat, lancé par des politiques et des intellectuels, a rebondi mercredi avec la décision de plusieurs médias de ne plus les publier. Ce jeudi, sur RMC, les pour et les contre donnent leurs arguments.

Comment éviter de glorifier les terroristes quand on traite l’actualité ? Plusieurs médias ont décidé de ne plus publier les photos de ces individus. La chaîne d’info BFMTV, RFI et les quotidiens Le Monde et La Croix veulent éviter toute glorification posthume et "ne pas mettre au même niveau victimes et terroristes". Certains, comme Europe 1 et La Croix, vont même arrêter de communiquer le nom des tueurs. Une initiative réclamée par une partie de la population. La preuve: une pétition lancée il y a une semaine demandant notamment aux médias d’arrêter de relayé leur identité a déjà récolté plus de 100.000 signatures.

Pour Abdu Gnaba, anthropologue spécialiste de l’Islam, l'anonymat est essentiel. "En ne montrant pas les photos des terroristes, on limite le risque de passage à l'acte, estime-t-il sur RMC. Montrer des photos, montrer leur histoire, c'est accélérer un processus d'identification qui donne la possibilité à des gens pleins de haine et de frustration de mourir en héros. Il ne faut pas oublier que les terroristes sont des fils de la société de consommation, ce sont des enfants de la téléréalité. Il faut donc leur refuser l'accès à ce rôle de vedette qu'ils recherchent. Il faut donc en finir avec cette téléréalité de l'horreur".

"Cela fait partie des réflexions importantes"

Dominique Wolton, sociologue des médias, directeur du laboratoire d’informations et chercheur au CNRS, est plus nuancé. Pour lui c’est un premier pas intéressant mais pas suffisant. "Dans le contexte actuel et d'après les informations dont nous disposons les médias occidentaux servent de caisse de résonance aux jihadistes par leurs visages, leurs noms, leurs exploits, explique-t-il. Cela ne me paraît donc pas extraordinaire que l'on change de fusil d'épaule et que l'on change de stratégie".

"Masquer une partie des noms ou mettre des initiales, flouter les visages ou mettre des dessins, cela fait partie des réflexions importantes, ajoute-t-il. Mais ce n'est pas suffisant car, au nom de l'information transparente, rapide et événementielle, on en fait trop. Beaucoup trop. Si on retire les noms et les photos mais que l'on continue à être dans la même vitesse quasiment hystérique de l'événement, cela aura les mêmes effets".

"Il peut y avoir un effet pervers"

En revanche, pour David Thomson, journaliste, spécialiste du jihadisme et auteur des ‘’Français djihadistes’’ (les Arènes 2014), l'anonymat n'empêchera pas la starification des terroristes. "Que les médias diffusent ou non les photos et les noms des jihadistes, le processus d'héroïsation, cette espèce de 'Star Academy du terrorisme', aura lieu et opérera dans un monde médiatique parallèle qui est celui des jihadistes, assure-t-il. En effet, il existe une jihadosphère, à savoir un monde médiatique propre aux jihadistes totalement indépendant des médias traditionnels".

Selon lui, "il peut même y avoir un effet pervers en favorisant le conspirationnisme et les théories complotistes. Le fait de ne pas diffuser les photos, de ne pas publier les noms va en effet amplifier les zones d'ombre dans lesquelles vont s'engouffrer les sites complotistes".

Maxime Ricard avec Jamila Zeghoudi