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"Les policiers m'ont plaqué contre un mur": ces Français dénoncent des contrôles abusifs lors du confinement

TEMOIGNAGES RMC - Depuis le début du confinement, des habitants dénoncent des dérives et des violences policières lors de contrôles des forces de l'ordre.

Avec plus de 12.000 morts du coronavirus en France, la surveillance du confinement sera stricte lors du week-end pascal: après Paris et cinq autres départements franciliens, c'est en Alsace, région très touchée par le virus, que toute activité sportive individuelle sera interdite en journée à partir du weekend. Une mesure similaire a été prise à Saint-Etienne. Pas question de s'offrir une escapade sur la Côte bleue ou dans les Alpilles: dans les Bouches-du-Rhône, où les vacances débutent, les contrôles du confinement seront renforcés sur le littoral, sur l'autoroute et dans les massifs. D'ailleurs, les contrôles seront renforcés sur les routes, avec plusieurs milliers de gendarmes et de policiers déployés. 

Depuis le début du confinement, ce ne sont pas moins de 9,5 millions de contrôles qui ont été effectués, avec à la clé, plus de 568.000 verbalisations. Et parfois des contrôles particulièrement polémiques. Christophe Castaner reconnait lui-même des "erreurs d'interprétations".

"Ils n'ont rien voulu savoir"

De plus en plus de voix s'élèvent en effet pour dénoncer des contrôles abusifs ou des amendes donnés sans fondement pour "non respect du confinement". Et ce ne sont pas forcément des "joggeurs", qui n'ont plus le droit de se dégourdir les jambes en journée dans plusieurs régions. 

Ainsi, samedi dernier, Arnaud, la soixantaine, s'est rendu avec son attestation au marché du Quai du Roi, à Orléans. Il est rentré chez lui sans provisions, mais avec une amende de 135 euros. "On m'a dit que j'allais être verbalisé parce que j'avais coché deux cases. Et après avoir insisté, je me suis fait alpaguer par 6-8 policiers. Ils m'ont plaqué contre un mur. C'est franchement très grave..."
Même sanction pour Ludovic, dans l'Eure, qui voulait rendre un service à ses beaux-parents âgés de 80 ans: "J'ai expliqué aux forces de l'ordre que je m'y rendais seul, vraiment seul. Ils n'ont rien voulu savoir en me disant que je n'avais rien à faire là. Ce n'était pas une raison suffisante, prenez une amende de 135 euros et rentrez chez vous". 

Cinq plaintes à l'IGPN

Depuis le début du confinement, l'IGPN a été saisie de cinq plaintes, selon une source policière. 

Le 23 mars, une semaine après le début du confinement en France, Yassim, 30 ans, poste une vidéo. "Ils m'ont éclaté la tête à deux reprises contre le mur et ils m'ont mis un coup de crosse de flashball en pleine tête", relate l'habitant des Ulis, en Essonne, le visage tuméfié. Le lendemain, une autre vidéo, également prise aux Ulis, provoque l'indignation sur les réseaux sociaux. Cette fois-ci, on y voit Sofiane, 19 ans, frappé par des policiers et amené sous un porche d'où émanent ses cris stridents. Le jeune homme, qui s'est vu prescrire trois jours d'ITT, "est encore traumatisé" et n'a pas pu reprendre son travail.

Le parquet d'Evry a ouvert deux enquêtes judiciaires pour faits de violences par personne dépositaire de l'autorité publique, confiées à la cellule de déontologie de la Direction départementale de la sécurité publique de l'Essonne.

"L'état d'exception devient le droit commun"

L'état d'urgence sanitaire donne, de fait, plus de pouvoirs aux forces de l'ordre. Et comme après les attentats de 2015, cela pourrait durer s'inquiète Arié Alimi, avocat au barreau de Paris.

"On a l'impression que le monde juridique d'après ne sera pas celui d'avant l'état d'urgence sanitaire. On pense à toutes ces mesures restrictives des libertés: c'est quelque chose qui arrive fréquemment avec l'état d'urgence, l'état d'exception devient le droit commun" selon l'avocat, qui avec plusieurs confrères ont déposé des recours pour savoir si cet état d'urgence était conforme à la Constitution. 
Martin Bourdin et Xavier Allain