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Les victimes des attentats entendues par les juges: "On est vraiment oubliés"

Les victimes des attentats du 13 novembre sont reçues par les juges pendant trois jours.

Les victimes des attentats du 13 novembre sont reçues par les juges pendant trois jours. - Bertrand Guyay - AFP

TEMOIGNAGE – Pour la première fois, les victimes des attentats du 13 novembre vont être reçues par les juges en charge de l'enquête sur les attentats du 13 novembre. Parmi elles, Tina, blessée par le 3e kamikaze du Stade de France.

Tina n'a toujours pas retrouvé l'usage complet de son bras gauche. Le 13 novembre, elle est à proximité du 3e kamikaze qui se fait exploser au Stade de France. Elle reçoit plus d'une dizaine de boulons dans le corps, ses poumons ont été perforés.

Mais elle sera bien présente ce mardi pour rencontrer les juges et entend bien leur poser des questions qui l'obsèdent depuis le soir des attentats. "Pourquoi? Comment c'est possible par rapport à la menace terroriste? La France n'a pas été préparée", estime-t-elle. Cette rencontre avec les juges est importantes explique Jean-Pierre Vouche, psychologue. Spécialiste des urgences post-traumatique, il suit encore aujourd'hui plusieurs victimes.

"Dans toutes les situations d'événements traumatiques, les gens se posent des questions. Pourquoi notre famille a été touchée? Comme s'il devait y avoir quelque chose de rationnel. Il y aura des réponses, ils attendent ça, d'exister, d'être reconnus et de ne pas subir. Parce que jusqu'à présent ils ont subi un maximum", constate-t-il.

Pas de "révélations majeures" attendues

Six mois après les attentats, Tina vit en effet au quotidien les conséquences de ces blessures. La guérison très longue se poursuit, mais elle ne peut toujours pas porter trop longtemps sa fille Lila, âgée de huit mois. "Vu que mon bras ne s'étend pas, j'arrive plus ou moins à la caler, à pas la faire tomber", explique-t-elle. Aujourd'hui, Tina vit seule avec son bébé et ses deux filles âgées de 14 et 19 ans. Très vite essoufflée et privée de son bras gauche, elle ne peut pas conduire ni préparer un repas.

"Je n'ai pas d'aide, je n'ai aucune aide-ménagère, aucune aide sociale, on est vraiment oubliés", déplore cette mère de famille.

En tout, près d'un millier de familles de victimes, de blessés et de rescapés de ces attaques seront reçues jusqu'à jeudi. Comme Tina, Georges Salines, président de l'association qui fédère les victimes et dont sa fille Lola a été tuée au Bataclan, aura beaucoup de questions: "sur le déroulement ultérieur de son instruction, ses objectifs, ses possibilités, ses limites, combien de temps tout ça va prendre", détaille-t-il.

Pour autant, il reste lucide sur l'issue de ces entretiens. "Il ne faut pas s'attendre à des révélations majeures, mais c'est important qu'on puisse avoir tous un accès au juge d'instruction avec nos avocats et lui poser directement les questions qui nous préoccupent", explique-t-il. Pour accompagner les victimes et leurs familles, des psychologues seront présents.

C. B avec Céline Martelet