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Mort d’Yvan Colonna: caméras, cellule de l’agresseur... Éric Diard raconte sa visite de la prison

Dans "Apolline Matin" ce mardi sur RMC et RMC Story, le député des Bouches-du-Rhône Éric Diard a expliqué sa visite de la prison d’Arles, où Yvan Colonna a été agressé par le djihadiste Franck Elong Abé. Le militant corse, condamné à perpétuité dans l’affaire de l’assassinat du préfet Claude Erignac en 1998, est mort ce lundi.

Huit minutes de violence, devant des caméras de surveillance. Trois semaines après avoir été agressé par le djihadiste Franck Elong Abé dans la salle de musculation de la prison d’Arles, où il purgeait sa peine d’emprisonnement à perpétuité dans l’affaire de l’assassinat du préfet Claude Erignac en 1998, Yvan Colonna s’est éteint ce lundi soir. Le militant indépendantiste corse avait 61 ans. Pour Eric Diard, député LR des Bouches-du-Rhône, qui participe aux auditions de Commission des Lois pour comprendre ce qu’il s’est passé le 2 mars dernier dans cette prison, l’agresseur aurait dû être plus surveillé.

"Deux détenus DPS, c’est-à-dire particulièrement signalés, se sont retrouvés seuls, sans surveillance, dans une salle de gym, souligne Eric Diard dans ‘Apolline Matin’ ce mardi sur RMC et RMC Story. Comment un individu terroriste islamiste, qui a été attrapé par les Américains en Afghanistan, qui se battait aux côtés des talibans, a-t-il pu être nommé auxiliaire sport dans une prison ? Cela veut dire qu’il avait relativement de liberté pour s’occuper des différentes salles de sport. Il n’aurait jamais dû bénéficier de ce titre d’auxiliaire sport, qui en plus est rémunéré, certes pas beaucoup, alors que c’était un individu profondément dangereux."

"Ce type est un tueur froid"

Le député des Bouches-du-Rhône pointe donc des "dysfonctionnements" dans le suivi de Franck Elong Abé. "En 2015, les Américains nous l’ont restitué, explique Eric Diard. Il a fait différentes prisons, où il s’est même illustré avec plusieurs tentatives de prise d’otages. A la prison d’Arles, où il est arrivé en 2019, il a été très calme. On a baissé la garde, on a dit qu’il était calme, recasé. Non, il n’est pas recasé. C’est un homme qui s’est battu aux côtés des talibans. Je pense qu’il avait déjà du sang sur les mains. Le directeur, qui a vu les images, a vu la froideur de cet individu pour étouffer Colonna. C’était horrible."

"Je n’ai pas vu ces images, mais j’ai regardé à travers les yeux du directeur de la prison, qui est arrivé la veille de cette attaque, ajoute-t-il. C’est un homme expérimenté, j’ai vu son émotion. Il a vu un homme qui, pendant deux, trois minutes, a étouffé Colonna sans un rictus, sans une marque. Ce type est un tueur froid. Je pense que nos services de renseignements savaient la dangerosité et ce qu’avait fait Franck Elong Abé en Afghanistan. Est-ce que les renseignements pénitentiaires le savaient ? Je n’en sais rien. J’espère que nos auditions et les enquêtes, notamment du parquet national antiterroriste, feront le jour sur cette affaire."

Une opération de "maintenance" dans la salle des caméras

Eric Diard a lui-même visité la prison d’Arles après cette agression contre Yvan Colonna. "Je suis rentré dans la cellule de Franck Elong Abé, explique-t-il. Il n’a pas de lit, il dort à même le sol comme le prophète. Il s’est fait enlever la télé. Il a simplement le Coran, un recueil de hadits, et c’est tout. Quand vous voyez sa cellule, ça fait froid dans le dos. Vous voyez très bien que c’est un guerrier taliban, un tueur froid, qui vivait dans cette cellule."

"Je suis allé dans la salle des caméras de supervision, poursuit le député des Bouches-du-Rhône. Il y a plus de 200 caméras dans la prison, donc ça tourne en permanence. Les vidéos sont surtout concentrées sur les transferts d’individus, les sorties de cellules, ou sur les regroupements dans une cour. Ce n’est vraiment pas facile. Le bâtiment A (où a eu lieu l’agression, ndlr) avait des caméras. Il y avait aussi une maintenance. Donc pendant deux, trois minutes, ils ne pouvaient pas switcher sur certaines salles, comme le gymnase. Ce n’est pas un dysfonctionnement, c’est une maintenance. Huit minutes, c’est très long. Mais quand vous êtes devant les caméras, vous vous dites que (le problème) c’est avant. Ces deux individus ne devaient pas être seuls sans surveillance, au même endroit. Je pense que l’administration pénitentiaire a sous-estimé la dangerosité de Franck Elong Abé.

LP