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Mort d'Yvan Colonna: pourquoi certains doutent encore de sa culpabilité

Yvan Colonna a été condamné à trois reprises devant une Cour d’assises et pourtant, depuis 10 ans, certains, notamment en Corse, continuent à douter de sa culpabilité.

Yvan Colonna, dont les funérailles sont célébrées ce vendredi à Cargèse, en Corse, a été condamné à trois reprises devant une Cour d’assises. Pourtant, depuis 10 ans, certains, notamment en Corse, continuent à douter de sa culpabilité pour deux raisons assez simples à comprendre. La première est qu'Yvan Colonna a toujours clamé son innocence, devant ses juges et même après sa condamnation.

Et deuxièmement, au moment de son arrestation près d’une bergerie d’Almeto, le 4 juillet 2003, après 1.500 jours de cavale, le ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy, avait eu cette phrase malheureuse: "La police française vient d’arrêter Yvan Colonna, l’assassin du préfet Erignac". "L’assassin": comme s’il était coupable avant même d’avoir été jugé. Au mépris de la présomption d’innocence. Dès cet instant, beaucoup ont considéré que Colonna était condamné avant même de passer devant ses juges.

Qui a vraiment appuyé sur la gâchette?

Et il y a une troisième raison, judiciaire cette fois-ci. Il y a eu trois procès successifs aux assises (en 2007, 2009 et 2011). Colonna a été définitivement condamné le 20 juin 2011 à la réclusion criminelle à perpétuité pour "sa participation à l’assassinat" du préfet Claude Érignac. Car, dans aucun des trois procès, les juges n’ont pu déterminer avec certitude qui était le tireur. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’ils ont prononcé la même sentence à l’encontre de trois hommes: Yvan Colonna, mais aussi Pierre Alessandri et Alain Ferrandi qui, eux, avaient été arrêtés dès 1999 et condamnés en 2003.

Pour comprendre, il faut se replonger dans l’enquête : l’assassinat avait été revendiqué par un groupe dit "des anonymes". Quinze mois plus tard, les membres de ce groupe sont arrêtés et durant leurs garde-à-vue en mai 1999, ils mettent en cause Yvan Colonna.

Didier Maranelli, le guetteur, fut le premier à parler, il se rétractera. Martin Ottaviani, le chauffeur, a confirmé. Pierre Alessandri aussi, mais il se rétractera lors du 2e procès Colonna en disant: "C’est moi le tireur. Yvan n’était pas sur les lieux". Seul Alain Ferrandi n’a jamais donné de noms. Mais lors de ces garde-à-vues, les autres ont été formels: Yvan Colonna était le chef du commando et Pierre Alessandri était celui qui devait protéger Colonna, voire si besoin, remplacer le tireur désigné.

Mais qui, le 6 février 1998, a abattu en plein centre d’Ajaccio le préfet Erignac, visé à bout portant dans la tête et dans la nuque, alors qu’il se rendait à un concert avec sa femme ? Personne ne l’a jamais dit.

Pour autant, peut-il y avoir eu erreur judiciaire?

On ne peut pas refaire un procès, a fortiori trois procès. Mais en général, quand il y a un doute, il profite à l’accusé. S’il a été condamné trois fois, c’est que, dans l’esprit des juges, il n’y avait pas de doute. Mais "l’erreur judiciaire", c’est bien ce qu’ont dénoncé ses avocats.

Que disaient-ils ? Absence d’élément matériel permettant de confondre à coup sûr Colonna. Rétractation de certains membres du commando. Lacunes de l’enquête. Et surtout, absence d’aveux de Colonna… Ajoutez à cela la phrase malheureuse de Nicolas Sarkozy et vous comprenez pourquoi le doute subsiste dans l’esprit de certains.

Mais il y a plus intéressant: quand sa condamnation a été définitive, ses avocats ont décidé de porter l’affaire devant la Cour Européenne des Droits de l’Homme. La Cour a déclaré ce recours irrecevable, mais voici comment ses avocats justifiaient ce recours: "Yvan Colonna pense que seuls des magistrats non pollués par les vicissitudes politiciennes du dossier peuvent véritablement le juger". Vous avez compris l’idée ? Pire qu’une erreur judiciaire, selon eux, c'était un procès politique.

Voilà comment certains ont sculpté la légende du "martyr otage de la raison d’Etat" et continuent, 24 ans après les faits et 10 ans après sa condamnation, à douter de sa culpabilité.

Laurent Neumann (édité par J.A.)