RMC

Mort d’Yvan Colonna: "indigne", la mise en berne des drapeaux corses fait polémique

La collectivité territoriale de Corse à Ajaccio a choisi de mettre en berne ses drapeaux, en signe de deuil après la mort d'Yvan Colonna, le militant nationaliste condamné pour le meurtre du préfet Erignac. Sur place, les habitants sont divisés tandis que sur le continent, les condamnations politiques pleuvent.

Sur la façade de la collectivité territoriale de Corse à Ajaccio, les drapeaux corses, français et européens sont enroulés sur eux-mêmes. En berne, pour marquer le deuil d'Yvan Colonna. Audrey, une habitante de la ville, déplore ce symbole: "Que les trois drapeaux soient mis en berne, pour moi, c’est une décision incompréhensible. Même si Yvan Colonna est mort dans des conditions dramatiques et sur lesquelles il faudra faire la vérité dessue, il reste avant tout un homme condamné pour le meurtre du préfet Erignac", assure-t-elle à RMC.

Face à l’édifice, François-Xavier, un autre habitant, s’arrête, hésite un moment à répondre sur la polémique puis se lance: "Le fait que ce soit pour Yvan Colonna, je ne trouve pas que ce soit bien pour une institution qui se veut républicaine. Je trouve regrettable que ce soit ce symbole-là", déplore-t-il.

"La Corse a perdu un de ses enfants et pas le moindre"

Quant à Marielle, elle salue cet hommage au militant, à l’enfant du pays: "Pour moi, c’est normal parce que c’est la Corse. C’est tragique ce qu’il s’est passé. Yvan Colonna, c’était un homme, un militant, qui était aimé dans son village. C’est aussi l’homme, ce qu’il a été", explique-t-elle.

À Ajaccio, seule cette institution a baissé ses drapeaux. À l’intérieur, une session a été annulée mercredi pour marquer le deuil. Une mesure nécessaire, estime Julia Tiberi conseillère territoriale:

"La Corse a perdu un de ses enfants et pas le moindre. Le temps est au recueillement, au deuil. Aujourd’hui, on ne pleure pas l’assassin du préfet Erignac, on pleure Yvan Colonna. La Corse et le peuple corse sont tristes. Il n’y a pas de polémique à avoir sur ce point-là. On pleure un Corse et qui plus est, un nationaliste corse".

Emmanuel Macron dénonce une "faute"

Mais de l’autre côté de la Méditerranée, sur le continent, c’est l’indignation qui domine parmi les politiques. Le président de la République Emmanuel Macron a dénoncé une "faute", après la mise en berne des drapeaux: "C'est une faute et c'est inapproprié", a-t-il assuré sans plus de commentaires.

Ce jeudi matin sur RMC, c’est le maire PS de Montpellier, Michaël Delafosse, qui a qualifié cette mise en berne d’indigne: "Mettre les drapeaux en berne est à mes yeux, absolument indigne. On n'a pas à mourir en prison, mais mettre les drapeaux en berne, c'est blessant pour la famille Érignac. Ce qu'a fait la Collectivité corse est profondément indigne".

"Si c'est pour faire un acte politique, je maintiens le terme 'indigne'. C'est une insulte à la mémoire, ce n’est pas comme ça qu'on salue la mémoire. Il faut trouver de la mesure pour manifester ses convictions. Les assassins ne peuvent pas être légitimés comme cela. La culpabilité d'Yvan Colonna a été reconnue à plusieurs reprises. La justice a tranché", a-t-il ajouté.

"Voilà maintenant qu’en France, une collectivité locale partie intégrante de la République met les drapeaux en berne pour saluer la mémoire de l’assassin de préfet ? Quelle que soit l’émotion, c’est inacceptable", a également déploré Julien Aubert, député LR du Vaucluse.

Plusieurs associations appellent à un jour de deuil sur toute l’île ce vendredi, jour des obsèques d’Yvan Colonna. Reconnu coupable du meurtre du préfet Erignac, le militant nationaliste doit être enterré dans son village de Cargèse. Son corps est arrivé mercredi soir sur l'île, et conduit au funérarium d’Ajaccio. Il a été accueilli par une haie d'honneur. Au moins 1.500 personnes, selon les autorités, étaient massées le long de la route quittant l'aéroport pour lui rendre hommage.

Jean-Baptiste Bourgeon avec Guillaume Dussourt