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Néo-retraité, le célèbre juge Renaud Van Ruymbeke livre ses secrets

LE PORTRAIT DE POINCA - Le juge spécialiste des affaires politco-financières livre ses souvenirs dans un ouvrage.

Renaud Van Ruymbecke, célèbre juge spécialiste des affaires politico-financières vient de prendre sa retraite. Et il peut donc enfin parler ! Parce pendant ses 43 ans de carrière, il était connu pour ne jamais s’exprimer publiquement sur ses dossiers en cours. Une sorte d’ayatollah du secret de l’instruction, en apparence.

On connaissait donc sa moustache mais à peine le son de sa voix. On savait qu’il était redoutable et redouté par les politiques et les patrons qui défilaient dans ses bureaux.

C’est un Parisien, fils d’un résistant devenu industriel. Petit fils d’un Belge, joueur de foot professionnel qui a joué à l’OM mais qui était surtout issu d’une fratrie de quatre garçons qui sont tous devenus joueurs de foot à l’Olympique de Marseille après la guerre de 14.

A 68 ans, Renaud Van Ruymbeke prend sa retraite et il dit tout ce qu’il n’a jamais pu dire dans un livre qui vient de sortir, Mémoires d’un juge trop indépendant. Il raconte l’affaire Cahuzac, l’homme qui jurait ne pas avoir de compte en Suisse, "les yeux dans les yeux" ((re)voir ci-dessous l'interview face à Jean-Jacques Bourdin). L’affaire Kerviel, le trader de la Société Générale qui mentait beaucoup mais à peu près autant que sa banque, la Société Générale.

Il raconte qu’en 1992 il convoque les policiers pour une perquisition, sans leur dire pourquoi. Et il les conduit sans avoir prévenu personne au siège du Parti socialiste rue de Solférino. Cela ne s'était jamais fait, de perquisitionner un parti au pouvoir.

Robert Boulin, l'affaire qui l'a le plus marqué

Mais l’affaire qui l’a le plus marqué, c'est la toute première. Il enquête sur une vente de terrain à Ramatuelle qui met en cause le ministre du Travail de Valéry Giscard d’Estaing, Robert Boulin. Il a la preuve que le ministre a touché du liquide.

Il s'apprête à le convoquer lorsque l’on retrouve Robert Boulin noyé dans des étangs de la forêt de Rambouillet le 30 octobre 1979. La veille, Robert Boulin a écrit une lettre envoyée à ses proches et à la presse. Il dit qu’il met fin à ses jours pour échapper à la suspicion. Il dénonce le jeune juge, ambitieux et haineux. Il ajoute vindicatif et expérimenté.

Renaud Van Ruymbeke a 27 ans. Le voilà accusé d'être responsable de la mort d’un des principaux ministres du gouvernement. On montre son visage dans les JT, on donne son nom à la radio. “Rien ne m’avait préparé à une telle violence”, dit aujourd’hui van Ruymbeke. Et il raconte que ce jour-là, il a gagné son petit bureau sous les toits du palais de justice de Caen. Il a fermé la porte à clef. Et il s’est tu.

Visiblement, il avait déjà compris que le silence est la meilleure arme d’un homme dans la tourmente.

Nicolas Poincaré (avec J.A.)