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Pourquoi certaines banlieues sont touchées par la radicalisation islamiste et d'autres pas du tout?

Chercheur à l'ENS et enseignant à Sciences Po, Hugo Micheron était l'invité de Jean-Jacques Bourdin ce mercredi matin pour évoquer la situation du jihadisme en France.

Hugo Micheron, chercheur au sein de la chaire Moyen-Orient de l'école Normale Supérieure, publie une enquête sur le jihadisme français aux éditions Gallimard. Une enquête de cinq années sur le terreau fertile de l'islamisme dans l'hexagone, des entretiens avec 80 terroristes incarcérés dans le pays, et une étude géographique sur la radicalisation.

Les départs de citoyens partis faire le jihad en Syrie sont parfois fréquents dans certaines municipalités, mais pas dans d'autres présentant pourtant de fortes similitudes géographiques et sociales.

Militants, prédicateurs et hasard géographique

Ce spécialiste de l'EI, invité de RMC ce mercredi matin, explique pourquoi certaines zones de France ont pu être plus propices au développement d'idéologies jihadistes que d'autres.

"L'objectif de ce travail était de remonter vingt ans en arrière pour comprendre ce qu'il se passe aujourd'hui. On a noté qu'entre 2012 et 2018 il y avait certaines zones qui ont été très touchées par des départs pour la Syrie. Ils révélaient une géographie du jihadisme. Un diagnostic qui n'existait pas dans le débat public."

Ainsi on a pu s'apercevoir que des villes de banlieues qui peuvent être extrêmement proches physiquement et à la situation sociale similaire, pouvaient être totalement différentes au niveau de la radicalisation islamiste.

"C'est le cas de Trappes et Chanteloup-les-Vignes. Il y a eu 85 départs pour la Syrie à Trappes et aucun de l'autre côté de la Seine. Ca tient à la présence historique de militants jihadistes ou salafo-jihadistes. Typiquement à Trappes il y a l'arrivée à la fin des années 90 du GIA algérien, des militants. C'était un groupe d'une dizaine de personnes au début, mais leurs prédications durant une quinzaine d'années ont créé cet environnement."

"La question socio-économique fournit une toile de fond mais n'explique pas le phénomène jihadiste"

Comment expliquer qu'une petite ville comme Lunel, entre Montpellier et Nîmes, il y ait plus de départs en Syrie que dans les quartiers Nord de Marseille à la mauvaise réputation ?

"Il y a eu des passages d'un certain nombre de prédicateurs notamment de Thomas Barnouin un idéologue Français très en vue à Daesh, originaire d'Albi, et qui se rendait à Lunel où habitait notamment sa sœur. Donc il y a eu un antécédent.
Alors que dans les quartiers nord de Marseille, pour tout un tas de raisons et alors que la situation économique et sociale est bien plus dégradée qu'à Lunel, il n'y a pas de départs. La question socio-économique fournit une toile de fond mais n'explique pas le phénomène jihadiste. Et ça c'est très important. Il faut le compléter par d'autres éléments."

Hugo Micheron rappelle que si le "territoire physique de Daesh a été détruit" même s'il reste des groupuscules sur place, le territoire idéologique est toujours bel et bien actif

J.A.