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Procès Heaulme: "une partie de nous est fascinée par le mal"

Francis Heaulme, lors de la reconstitution en octobre 2006 du meurtre de deux enfants à Montigny-lès-Metz.

Francis Heaulme, lors de la reconstitution en octobre 2006 du meurtre de deux enfants à Montigny-lès-Metz. - JC. Verhaegen - AFP

Le procès de Francis Heaulme, le "routard du crime", se poursuit cette semaine devant la cour d'assises de la Moselle. Un procès très suivi qui illustre l'intérêt pour les faits divers. Pour le professeur de psychiatrie Michel Lejoyeux, joint par RMC.fr, cet intérêt morbide, s'il n'est "pas sain", est tout à fait légitime.

Michel Lejoyeux, professeur de psychiatrie et d'addictologie à la faculté de médecine Paris-Diderot, auteur de "Les 4 saisons de la bonne humeur" (éd. JC. Lattès).

"Le fait divers c'est quelque chose qui, tout à la fois, nous fait peur et nous fait plaisir. On est à la fois inquiet face à cette histoire qui nous apparaît monstrueuse, et en même temps on y trouve une sorte de plaisir masochiste, à frissonner dans la nuit comme on pouvait le faire quand on était enfant et que nos parents racontaient des histoires horribles - les contes pour enfants sont parfois des histoires horribles. On va occulter le caractère humain et on va en faire une sorte de fiction horrible à laquelle on trouve un plaisir un peu coupable.

"On va occulter la dimension épouvantable"

Bien sûr qu'on sait que ce n'est pas une fiction, mais on va occulter la dimension épouvantable pour garder surtout cette dimension un peu romanesque. Cela fait plaisir à la partie obscure que nous avons en nous qui est fascinée par le mal. Nous n'avons pas que du bien en nous. C'est ce que Freud appelait 'la pulsion de mort'. En nous, il n'y a pas que l'envie d'être fasciné par le bien, il y a quelque chose qui trouve extraordinaire cette zone obscure. C'est à la fois une tendance naturelle mais aussi une tendance à laquelle il ne nous faut pas céder. Tout le travail de la civilisation, de l'éducation, va être de défendre et de mettre en avant le meilleur de nous. Mais si on fait tant d'effort dans ce sens, c'est justement parce que nous avons aussi en nous le pire.

"Un sujet qui va susciter de l'intérêt"

Les plus fascinés, les plus malades de ça – pardon de vous le dire – ce sont les journalistes, qui savent qu'ils tiennent là un sujet qui, par justement la peur, le dégoût ou la fascination, va susciter de l'intérêt. Il y a une vraie responsabilité médiatique dans cet intérêt. Il y a toujours un public pour flatter la perversion et il y a une dimension perverse y compris dans le fait d'en faire un sujet d'info.

L'intérêt morbide n'est pas sain, mais c'est en nous. Mais ce n'est pas parce qu'on va lire un article dans le journal ou un procès à la télé qu'on va devenir un tueur en série. L'écrivain Albert Camus disait: 'dans la culpabilité de l'autre il y a quelque chose qui me rassure quant à mon innocence'. Il y a une sorte de réassurance par comparaison. Par contre, il faut être vigilant vis-à-vis des plus jeunes enfants. Laissez les enfants longtemps seuls face à ce genre d'histoire peut être un peu toxique (sic) pour eux."

Paulina Benavente (avec P. G.)