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Seule une victime de viol sur huit porte plainte: "La société est encore très complaisante avec les violeurs"

REACTIONS - Chaque année, 84.000 femmes majeures sont victimes de viol ou de tentative de viol en France. Mais, selon une enquête du Haut Conseil à l'Egalité entre les hommes et les femmes, seule une victime sur huit porte plainte.

En France, environ 16% des femmes déclarent avoir subi des viols ou des tentatives de viols au cours de leur vie d'après le HCE (Haut Conseil à l'Egalité entre les femmes et les hommes). Dans un rapport à paraître ce mercredi, l'instance pointe du doigt la "tolérance sociale" qui règne à l'égard de ces agressions. En effet, selon cette même enquête, moins de 10% des femmes victimes de viol portent plainte et seulement une plainte sur 10 aboutira à une condamnation.

Pourquoi si peu? "C'est, par principe, un crime où il est très difficile de rassembler des preuves, explique Me Clotilde Lepetit, avocate en droit pénal. Par principe, c'est un crime sans témoin et parce que le dépôt de plainte se fait très, très, très rarement juste après les faits. Il y a en effet très souvent un travail psychologique à faire pour saisir la justice. La difficulté, c'est qu'en conséquence il y a un vrai dépérissement des preuves. On ne peut pas faire de constats d'ADN dans l'immédiateté. Les traces de violences éventuelles ne sont pas actées par un certificat des urgences médico-judiciaire".

"Elles ont peur de ne pas être crues"

Mais comment expliquer que si peu de femmes portent plainte après un viol? "D'abord, parce que la société est encore très complaisante avec le violeur, estime Emmanuel Piet, présidente du collectif féministe contre le viol. Les victimes ont peur de ne pas être entendues, de ne pas être crues. Par exemple, hier, deux victimes ont appelé la permanence téléphonique 'Viol/femme/information' pour raconter que les policiers ne voulaient pas prendre leur plainte. On leur a dit que si elles se trouvaient au domicile du violeur c'est qu'elles pensaient bien qu'il allait se passer quelque chose".

De son côté, Sophie Gromb-Monnoyeur, chef de service de médecine légale au CHU de Bordeaux où elle a créé un centre d'accueil en urgence des victimes d'agression, pour leur offrir une assistance judiciaire dès les premiers soins, déplore que ce soit "un vrai parcours du combattant" pour ces femmes: "Elles doivent se présenter devant un médecin ou dans un hôpital, expliquer qu'elles ont été victimes d'une agression sexuelle, être examinées par un médecin non-compétent sur le plan technique comme légal. Le cas échéant, il peut faire des prélèvements qui ne seront jamais récupérés dans le cadre d'une procédure. Et si la personne n'a pas été choquée de l'agression sexuelle, elle le sera à coup sûr de la redondance de l'examen, d'avoir à redire son histoire. C'est ça le parcours du combattant".

Maxime Ricard avec Aurélia Manoli