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Sexagénaire droguée et violée par des dizaines d'hommes: "Quand elle a vu les vidéos, ma cliente a dit qu'elle était comme une morte"

Une sexagénaire a été droguée par son mari et violée pendant dix ans par des inconnus qu'il contactait sur Internet et une quarantaine d'hommes ont été interpellés au cours d'une enquête menée depuis un an: son avocate était sur RMC.

"Sidérée", elle aurait seulement découvert les faits au moment de l'enquête. Elle a désormais quitté le Vaucluse pour rejoindre la région parisienne.

C'est un témoignage très fort. Une véritable plongée dans l'enfer sexuel qu'à vécu une femme d'une soixantaine d'années, dans une petite ville du Vaucluse.

Nous vous en parlions dès mercredi matin: une sexagénaire a été droguée par son mari et violée pendant dix ans par des inconnus qu'il contactait sur Internet et une quarantaine d'hommes ont été interpellés au cours d'une enquête menée depuis un an.

"Il est rare d'avoir autant de preuves dans un dossier de viols. Là, tout est caractérisé, même si la victime, inconsciente durant les viols, ne se souvient de rien", a ainsi expliqué le commissaire Jérémie Bosse Platière, de la police judiciaire d'Avignon, soulignant que le mari a filmé la totalité des viols de son épouse.

"C'est un dossier également inédit par la durée des faits (entre 2010 et 2020) et le nombre des auteurs", a-t-il ajouté. Au total, 45 personnes impliquées dans cette affaire ont pu être identifiées par les enquêteurs durant l'enquête de la PJ d'Avignon, initiée le 8 novembre par l'ouverture d'une information judiciaire. 

A ce jour, neuf personnes sont toujours en garde à vue et 33 ont été mises en examen et écrouées, dont le mari de la victime, un artisan à la retraite de 68 ans. Deux hommes ont été placés sous le statut de témoin assisté et un est décédé depuis la commission des faits.

Les chefs de poursuite retenus par le parquet vont du viol et de la complicité de viols aggravés par l'administration d'une substance de nature à altérer le discernement de la victime, à l'atteinte à l'intimité de la vie privée par la captation et la diffusion d'images à caractère sexuel. 

Sur RMC, ce jeudi matin, l'avocate de la victime, Caty Richard, est revenue sur la santé de cette femme, qui, a donc appris par les enquêteurs qu'elle était une véritable proie sexuelle depuis des années. 

La victime, mère de trois enfants d'une trentaine d'années, n'était pas quelqu'un de faible sous l'emprise de son mari, selon la police.

En visionnant son ordinateur saisi à son domicile de Mazan (Vaucluse), les enquêteurs vont découvrir des vidéos montrant cette femme inconsciente violée par des hommes, ainsi que des messages du mari postés sur des forums de rencontres libertines où il proposait à des personnes de venir profiter de sa femme, inconsciente.

"Quand on lui a montré ces vidéos, elle a souhaité arrêter. C'était insurmontable. C'était la fin de son monde. En regardant certaines vidéos, elle dit mais 'j'étais morte, une morte'. Son corps a vécu des choses mais pas son esprit. Ils se sont connus en 1970 et se sont mariés en 1973. C'est monsieur et madame tout le monde. Comme les auteurs, d'ailleurs qui n'ont en commun que leur banalité. C'est-à-dire c'est la banalisation de l'horreur" a-t-elle dénoncé face à Apolline de Malherbe.

"Personne ne prend sa voiture en se disant je vais aller violer quelqu'un!"

Les violeurs présumés appartiennent à tous les milieux: il y a un cariste, un intérimaire mais aussi un officier de pompier, un infirmier, un entrepreneur et un journaliste. Ils ont entre 24 et 71 ans, certains sont célibataires, d'autres pères de famille, divorcés ou en couple.

"Mes clients, lorsqu'ils se rendent au domicile de ce couple répondant à une annonce ou à un contact pris par le mari de cette personne vont à ce domicile rencontrer un couple échangiste. Aucun d'entre eux ne prenaient sa voiture ce soir-là, en se disant, je vais aller violer quelqu'un!
Le mari de cette femme avait indiqué que c'était un jeu. Madame faisait semblant de dormir. Ils étaient filmés et photographiés et ils imaginent mal une personne commettre un viol et se faire filmer pendant qu'il commet un viol" défend ainsi Me Louis-Alain Lemaire, avocat de plusieurs suspects. 

Caty Richard dénonce ces arguments des "jeux libertins" ou des "fantasmes" de la part du couple: 

"C'est ce que j'entends dire par les avocats des hommes qui ont profité d'elle: 'Ah ben, son mari l'a proposé!' Oui mais enfin son mari, ce n’est pas elle. Vous n'avez pas requis son consentement à elle. Vous ne l'avez jamais entendue. Ensuite, on me dit 'mais c'est du libertinage, elle faisait semblant de dormir, c'était un fantasme ensemble'.
Non ! On voit bien qu'elle ne faisait pas semblant de dormir. Monsieur, d'ailleurs, met en cause les autres beaucoup plus qu'il ne se met en cause puisqu'il vient dire 'oui, oui, les autres savaient très bien qu'elle était endormie', qu'elle était "shootée", inconsciente" dénonce-t-elle. 
Léa Coupau (avec XA)