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Stratégie polémique des avocats de Jonathann Daval: "C'est toujours le client qui décide"

La stratégie de défense des avocats de Jonathann Daval, qui consiste à mettre en exergue la "personnalité écrasante" d'Alexia, a fait bondir certains proches de la jeune femme et la secrétaire d'État à l'Égalité entre les femmes et les hommes Marlène Schiappa.

Après les aveux de Jonathann Daval, son avocat, Me Randall Schwerdorffer, a affirmé que son client avait tué sa compagne Alexia "par accident", qu'il "ne voulait pas", et qu'il était la cible de "violences verbales" de la part de sa femme qui, "en période de crise, pouvait avoir des accès de violence extrêmement importants".

"Ils avaient une relation de couple avec beaucoup de tensions. Alexia avait une personnalité écrasante. Jonathann se sentait rabaissé, écrasé. A un moment il y a eu des mots de trop, une crise de trop, qu’il n’a pas su gérer", a précisé l'avocat.

Cette stratégie de défense a provoqué une énorme vague de protestation. Marlène Schiappa, la secrétaire d'État à l'Égalité entre les femmes et les hommes, a jugé mercredi "proprement scandaleux" de mettre en avant la "personnalité écrasante" d'Alexia Daval, demandant "d'arrêter de trouver des excuses" aux féminicides. Elle affirme sur Twitter vouloir lutter contre la "banalisation des violences conjugales", car "rien ne justifie, n'excuse que l'on frappe, tue sa femme".

"L'avocat est la première personne sur laquelle un client va tester son mensonge"

Après cette polémique, Me Stéphane Babonneau, avocat pénaliste, a expliqué au micro de RMC le rôle des avocats dans telle situation.

"La relation qui se noue avec le client est une relation de confiance, et le rôle essentiel de l’avocat est de défendre les intérêts de son client jusqu’au bout. L’avocat est aussi un conseil, c’est-à-dire qu’il donne au client les options, mais in fine c’est toujours le client qui décide. Et ce qu’il n’a pas le droit de faire, c’est de décider à la place du client, par exemple le dénoncer et dire à sa place qu’il est coupable. Ça, il n’a pas le droit de le faire. Mais ce qu’il peut dire au client c’est ‘vous devriez je pense parler parce qu’il y a trop d’éléments contre vous'.
(...) Souvent, l’avocat est la première personne sur laquelle un client va tester son mensonge pour voir si ça passe. Soit l’avocat est capable de le voir, soit il n’est pas capable de le voir et auquel cas, on court à la catastrophe car on commence à bâtir une stratégie de défense sur un mensonge. (...) L’enquête normalement est secrète, mais aujourd’hui ce n’est plus le cas. Le procureur parle à la télévision, les ministres et la famille de la victime s’expriment, tout le monde s’exprime. Et finalement le dernier qui n’a pas le droit de s’exprimer normalement c’est l’avocat, c’est tout le paradoxe de cette situation".
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