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Surtaxation du standard de la préfecture de police: "Ce sont encore les usagers qui vont trinquer"

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- - JEAN CHRISTOPHE MAGNENET / AFP

Les appels téléphoniques à la préfecture de police (PP) de Paris seront bientôt surtaxés. Un nouveau numéro de téléphone unique (le 3430) va remplacer le standard général de la PP, mais également de l'ensemble des commissariats de la capitale. L'appel à ce numéro coûtera 6 centimes d'euros par minutes aux usagers, en plus du coût habituel de communication. Ce que critique Frédéric Guillo, secrétaire général CGT de la PP.

Frédéric Guillo, secrétaire général CGT de la préfecture de police:

"Nous sommes un service public. Les usagers nous appellent donc pour tout un tas de raisons: demandes d'informations pour les cartes grises, les permis, les cartes d'identité, les passeports, les titres de séjour mais également des appels qui peuvent concerner directement des urgences. En effet, beaucoup de gens appellent le 17 mais pas seulement. On l'a vu notamment lors des attentats à Paris: il y a eu énormément d'appels au standard de la préfecture de police pour savoir ce qu'il se passait. Donc, en tant que service public, on ne voit vraiment pas pourquoi ce système devrait être payant. Il faut rester sur une gratuité complète.

Ce qui est vraiment dérangeant dans cette histoire c'est que ce financement sera effectué par les usagers. Concrètement, que l'on passe sur un nouveau numéro unique à quatre chiffres (le 3430), qui permette à l'usager de mieux le retenir, c'est une très bonne chose. En effet, cela permettra à l'usager d'avoir une porte d'entrée unique et d'être ensuite mieux dirigé vers les services. Mais, j'insiste: nous sommes un service public. Cette surtaxation de 6 centimes d'euros par minutes est, pour nous, anormal.

"Il y a une rupture d'égalité de traitement entre les usagers"

La préfecture de police est financée par le ministère de l'Intérieur et la ville de Paris, avec le 'budget spécial', à hauteur de plusieurs milliards d'euros. C'est donc sur ce budget que la plateforme aurait dû être financée. Pourtant, c'est encore une fois les usagers qui vont trinquer. Ce sont eux qui vont porter le chapeau de cet effort de modernisation. C'est illogique et, selon nous, cela remet en cause les conditions de l'égalité d'accès au service public car même les populations les plus fragiles seront concernées. De même, ceux qui maîtrisent mal le français vont passer des appels plus longs et donc plus chers. On est donc bien sur une rupture d'égalité de traitement entre les usagers.

Du côté des agents responsables du standard, l'annonce passe assez mal. Leur crainte est d'être alpagué par les usagers qui vont s'énerver parce que l'appel dure trop longtemps. Leurs conditions de travail seront donc plus difficiles. D'autant plus que depuis le début de l'année, avec l'augmentation du prix des amendes et d'autres mesures qui tapent aux portefeuilles des usagers, les appels sont de plus en plus nombreux. Et ce n'est pas la surtaxation qui va éteindre la gronde".

Propos recueillis par Maxime Ricard