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Victime insultée par un policier: "Ce n'est pas un cas isolé" selon son avocat

Dans "Apolline Matin" ce mercredi sur RMC, Me Arié Alimi, l'avocat d'une femme insultée par un policier qui pensait avoir raccroché son téléphone, déplore le mauvais accueil fait aux victimes de violences sexuelles. Il estime que rien n'a été fait, malgré un "Grenelle" sur le sujet en 2019.

Le préfet de police de Paris Didier Lallement a saisi l'IGPN après la diffusion d'un enregistrement dans lequel un policier insulte plusieurs fois une victime présumée d'agression sexuelle. En tentant de la recontacter par téléphone après sa plainte le 5 février dernier et en pensant avoir raccroché, ce gardien de la paix du commissariat des 5e et 6e arrondissements de Paris l'a copieusement insultée sur sa messagerie vocale, la traitant à plusieurs reprises de "pute".

"On ne sait même pas de qui elle parle. Elle n'a pas de sens, sa plainte. Evidemment, elle refuse la confrontation en plus, la pute. Comme par hasard. En fait, c'était juste pour lui casser les couilles. Grosse pute", lance le fonctionnaire de police dans un enregistrement révélé par Mediapart.

"C'est malheureusement une réalité quotidienne pour les femmes victimes d’agressions sexuelles ou de violences conjugales", déplore ce mercredi sur RMC Arié Alimi, l'avocat de la plaignante, une professeure de 34 ans. "Une procédure judiciaire, c’est difficile pour l’accusé et la victime mais elle doit être égalitaire. Le problème, c’est que pour les victimes de violences sexuelles, il y a une asymétrie qui vient de la culture patriarcale et viriliste de la justice et de la police", ajoute-t-il. Une culture "patriarcale et viriliste" qu'il estime retrouver dans cette affaire, alors que dans l'enregistrement, "personne n'arrête le policier pour lui dire de ne pas dire de tels mots".

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"Il n’y a pas de formation suffisante"

Arié Alimi déplore une formation insuffisante des policiers dans le traitement des plaintes pour violences sexuelles, malgré la mise en place d'un plan de formation à l'écoute et au recueil de la parole des victimes, lancé par le gouvernement en 2019 après un Grenelle dédié. "Il n’y a pas de formation suffisante, ça n’est pas un cas isolé. C’est le quotidien de toutes les femmes qui viennent déposer plainte. Quand elles arrivent, on leur demande encore si elles portaient une jupe. Si elles ont bu, on leur propose d’aller dans une cellule de dégrisement", rappelle l'avocat.

Concernant la victime d'insultes, Arié Alimi assure que le dépôt de plainte a été fait dans de bonnes conditions, déplorant cependant "une plainte mal rédigée". "Le fonctionnaire peut être fatigué en prenant une plainte tard dans la nuit, mais on voit encore le mécanisme de culpabilisation qui est trop fréquent", ajoute-t-il.

Après la révélation de l'affaire, la ministre déléguée à la Citoyenneté Marlène Schiappa a condamné des propos "inqualifiables", s'est dite "furieuse" et a demandé des "sanctions très sévères" au micro de BFMTV. Des sanctions dont doute pourtant Arié Alimi. "La préfecture a demandé une suspension conservatoire, ce qui n’est pas une sanction. Cela veut dire qu’il est suspendu provisoirement le temps d’une procédure éventuelle", déplore l'avocat.

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Guillaume Dussourt