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Violences anti-Chinois à Aubervilliers: "Ma femme ne peut pas rentrer toute seule"

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TÉMOIGNAGES - Après la mort, début août, de Zhang Chaolin, un Chinois de 49 ans agressé à Aubervilliers, la communauté asiatique de la ville attend avec angoisse le renforts policiers promis par Bernard Cazeneuve. C'est une une communauté meurtrie par les agressions en série dont elle se dit victime que RMC a rencontrée.

Les trois gardés-à-vue dans l'enquête sur la mort d'un Chinois à Aubervilliers ont été mis en examen et placés en détention provisoire, mercredi, par le tribunal de Bobigny (Seine-Saint-Denis). Ces trois hommes, âgés de 15 à 19 ans, avaient été arrêtés lundi matin.

Ils sont suspectés d'avoir violemment agressé deux Chinois, le 7 août dernier, pour voler un sac. L'une des deux victimes, Zhang Chaolin, 49 ans, résidant à Aubervilliers, était alors "tombée lourdement" sur la tête, après avoir reçu un coup de pied au niveau de la poitrine.

Mouvement d'indignation

Son décès le 12 août, après cinq jours de coma, a soulevé un mouvement d'indignation à Aubervilliers, commune de la banlieue nord de Paris qui compte une importante communauté originaire de Chine, active dans le secteur du textile.

Près de 2000 personnes d'origine chinoise avaient participé à une marche de protestation le 21 août dans la ville. Un comité regroupant plusieurs associations de la communauté chinoise appelle à une nouvelle manifestation dimanche à Paris "pour réclamer des mesures de protection".

Cazeneuve a promis des renforts à Aubervilliers

Le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, a promis un renforcement policier. Il a notamment rappelé que 4600 nouveaux policiers allaient sortir d’école en octobre prochain et qu’il entendait puiser dans ce vivier pour renforcer les effectifs de police à Aubervilliers. Le ministre de l'Intérieur a promis de se rendre à Aubervilliers dans les prochains jours.

En attendant ces renforts, la communauté chinoise vit aujourd'hui dans l'angoisse. Elle attend des mesures rapides et concrètes. RMC est allée, micro en main, à la rencontre de cette communauté très inquiète.

"Ils ont fini par attraper mon sac"

Tous les soirs, Yang, commerçante, appelle son mari pour venir la chercher au magasin.

"C'est très dangereux", se confie-t-elle au micro de RMC.

Le danger, c'est celui de de se faire agresser en fermant boutique. C'est précisément ce qui lui est arrivé, il y a tout juste un mois :

"Il y a deux jeunes qui m'ont vue, et qui m'ont suivie en moto. J'ai couru, je me suis cachée, mais les deux jeunes étaient à ma recherche. Ils ont fini par attraper mon sac".

"Les Chinois sont faciles à racketter"

Les Chinois visés par les délinquants: pour Tsu one, commerçant lui aussi, ce sont des cibles faciles.

"On va dire qu'une tête de Chinois, c'est une tête de Turc", compare-t-il. "Ils ont l'air minces, petits… Les Chinois, c'est facile à racketter. Ils vous sautent dessus! Tous les Chinois se font tabasser. Même ma femme, dès fois, quand elle est toute seule, je reviens la chercher. Parce qu'elle ne peut pas rentrer toute seule. C'est dangereux. Mais si vous mettez plus de policiers, vous verrez qu'il n'y aura plus rien".

Aucun représentant pour faire passer le message

Plus de policiers, c'est aussi ce que demande Stéphane Lacoste du syndicat Alliance Police en Seine-Saint-Denis. Shu Jung, un habitant d'Aubervilliers, explique à RMC que le problème, c'est qu'il n'y a aucun représentant de la communauté chinoise pour faire passer le message.

"Ceux qui sont en contact avec les politiques, avec les dirigeants, ne représentent pas les Chinois", assure-t-il. "On ne sait pas d'où ils sortent. Ils ne représentent personne".

Alliance demande un renfort policier sur tout le département

Le ministre de l'Intérieur devrait annoncer une augmentation des effectifs de police à Aubervilliers. Stéphane Lacoste, lui, demande un renfort global le sur le département.

Il précise: "Ce n'est pas que le commissariat d'Aubervilliers qu'il faut renforcer. Tous les commissariats de Seine-Saint-Denis ont un gros manque d'effectifs, puisqu'on est à peu à un manque d'une vingtaine de collègues dans chaque commissariat. Donc c'est énorme".

Sur les sept premiers mois de l'année, déjà 105 plaintes ont été déposées à Aubervilliers pour des vols avec violence, à l'encontre de la communauté chinoise.

C. P. avec Romain Poisot